Les semaisons

Publié le par m

Il y a un merle ce soir juste, jusque dans le vellux. Ce qui est bien dans l'écriture, c'est que même si on sait pour une fois à peu près ce qu'on voudrait écrire, on sait aussi qu'il en faudra passer par elle, que c'est un passage obligé, que l'idée, elle aussi ne viendra que de là, que de ce mouvement par autre chose, en autre chose. Je sais pas... la conscience dans le monde, la variation des petites pattes de mouches, le passage par la voix, la musicalité, la possibilité d'être lu, d'être porté par une autre voix, la possibilité que qui le lise... Y'a pas moyen, le désir, le creux, le pas-réalisé, le ce-qui- reste-à-exprimer, la nouveauté d'un énoncé fait partie d'un ensemble et renvoie quelque part je pense à un état du monde. C'est ce passage, qui est beau. Ou l'état du monde, son état de silence, de non-écriture, de non-langage, fait qu'il est obligé de passer par nous, en nous ; peut-être entre nous. Par exemple les semaisons, on s'en rend tous compte, les arbres, de silhouettes sombres passent à un tout autre état, les feuilles dansent et ils dansent (danseront) et bientôt, le vent les portera, la neige cessera d'être froide (pour ce qu'il en reste) ça fera comme des confettis posés sur le sol, et qui continueront de voler, venus de nulle part. On peut toujours rater le passage, la venue de qui il faut, sensation que le texte n'est pas fini, pas abouti ; qu'il lui faut encore un détour, pour bien faire. C'est ce qu'on appelle un roman, quand le passage est si long qu'il se décline à travers des figures qui le portent, chaque fois vers autre part, vers plus loin. On adore ce détours, ces détours : on les suit le soir, quand on peut, parfois autant qu'on peut comme dans les fresques russes où il faut parfois noter d'où viennent les personnages, pour les suivre. Ces détours deviennent aussi les nôtres. Et puis souvent, les semaisons ne dépendent de rien, comme pour celles-ci, le seul geste à faire, c'est d'aller les chercher, c'est les regarder, c'est - parfois - les goûter. C'est simplement les remarquer, comme un infime événement que... ça n'arrête pas de varier, que tout est en bouleversement continuel, que la vie participe de cet état-là malgré les stases et les lignes dures qu'elle feint d'adopter, et qui finissent toujours par se briser. Sinon quelque part, sinon dans la mort. Mais que la mort est aussi la possibilité d'autres choses, comme d'autres semaisons.
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L
A l'horizon, les arbres sont plans et plumes, au printemps...  Le chant du merle, frise sonore, démultiplie l'espace...<br /> <br /> Semaisons, cadeau du matin....
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P
et cette beauté et difficulté de l'écriture se trouvent telles quelles dans ton texte . Oui, difficile de poser ce qui toujours est mouvant
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L
oh oui! oh oui! un roman! un roman!
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C
Voilà. Je pense que c'est par le roman que ce passage dont tu parles peut se faire de la façon la plus "universelle", parce que comme tu dis c'est là que les détours sont les plus grands. C'est par les détours que non seulement le lecteur est transporté, mais l'écrivain aussi. En écrivant un roman, l'écrivain se révèle à lui-même de façon inattendue, même s'il tente de créer une grande distance entre lui et son histoire.<br /> M, je suis persuadée qu'il te faut écrire un roman.
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