armôare
Pour ouvrir l’armoire de ma grand-mère, on tourne la clé au pompon vert
A l’envers
Dans l’armoire de ma grand-mère, de mignonnes tasses ciselées, dentelées, parcheminées, enluminées
Promettent un petit café
Sur un coin de la table - ronde - cirée, accompagnée du petit sucrier racé rose et doré fleuri
Et d’une minuscule cuiller d’argent jauni
Tout en bas de l’armoire de ma grand-mère, des plats sous-plats soupières, soupirent
Assiettes plates creuses- pleines souvent - peinent s’empilent et défient
le temps
bols pots brocs hautains de bric de broc de toc d’étain
chuchotent secrets sévices au muet service à thé discret factice
parfois s’écroulent se roulent se cassent fracassent
se surpassent dans le rôle, trépassent
Dans l’armoire de ma grand-mère, chez moi
Colorés luisants généreux cuisant mijotant terreux
presque arrogants sur l’étage du milieu
posés de nouveaux arrivants étrangers
on se rit, se méfie : poterie ? Kabylie ? Pfff
il se murmure
que la belle cocotte tatouée ne porte pas de couvercle c’est sûr !
J’impose cohabitation contre-nature
à mes bibelots et autres objets d’utilité vitale
derrière les portes moucharabieh
de mon armoire de grand-mère
et j’exulte d’ainsi les rassembler
et je me surprends à les contempler, les disposer, les partager
souvent
comme si j’étais,
prise par le charme de l’armoire
à mon tour, devenue
la grand-mère de l’histoire.
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