Le manège de Petit Pierre
Pierre Avezard était vacher dans une ferme du Loiret peu avant la deuxième guerre. Souffrant de solitude, à cause d’un lourd handicap, il s’est mis à collectionner tout ce dont les gens se débarrassaient : bidons, boites de conserves, morceaux de tôle, vieux pneus… il a progressivement construit ce qu’on appelle aujourd’hui « le manège de Petit Pierre », un immense système mécanisé, qui fait se mouvoir une multitude de petits sujets (des avions, une voiture de pompiers, des personnages dans des postures quotidiennes etc…). Pierre s’est représenté lui-même : dans une scène de bal, les couples virevoltent ; lui, aucune fille ne le veut comme cavalier, alors il danse avec une vache.
Il l’actionnait lui-même pour quelques curieux. A présent, c’est la pièce principale de La Fabuloserie, un musée d’Art Brut non loin de chez moi.
Souvent, devant un objet qui les laisse perplexe, les enfants, les gens demandent « alors, c’est de l’art, ça ? ». Devant le manège de Petit Pierre, il n’y a pas ce genre de question. Tout le monde comprend : nulle autre possibilité de survie que de transformer la vie.
