Histoire vraie
Ils étaient là, couchés les uns sur les autres, frottant leurs corps morts dans une identique horizontalité.
Hier encore, ils étaient debout, droits, vivants.
Hier encore ils touchaient le ciel du bout de leurs cheveux, plongeaient leurs racines ancestrales au plus profond de la Terre Mère.
Hier encore, ils se tenaient face au vent, debout, droits, vivants.
Des rumeurs flottaient dans l’air depuis quelque temps déjà, auxquelles personne ne pouvait prêter attention, à moins d’accepter l’inacceptable. Evidemment, ils avaient construit un mur et des grillages mais cela n’importait pas, ne disait rien.
L’enfant s’était bien arrêté un instant, avait questionné le père. Celui-ci avait serré sa petite main, accéléré son pas. L’enfant demandait trop : le silence n’engage à rien.
Cela s’est passé la nuit. Leur mort s’est passée en une nuit. Abattus un à un, dépouillés de leur parure, empilés les uns sur les autres, ils sont morts sans un cri, sans savoir non plus pourquoi ils mouraient…
Ils sont là, couchés, frottant leurs corps froids comme pour se réchauffer une dernière fois avant de partir en fumée retrouver les nuages qu’ils touchaient, le vent qu’ils défiaient, avant de retomber sur le sol où leurs cendres reposent en paix, au ventre fécond de la Terre Mère.
Ils sont là devant mes yeux apeurés, sous mon crâne triste, ils sont là tous ces arbres abattus afin que l'homme agrandisse son "espace vital".
Mais se consoler de cette idée : ce qu’ils leur ont fait, ils n’auraient jamais pu le faire à leurs semblables, ces autres hêtres humains.