Moi je n’ai jamais été très bavarde…globalement... enfin, tout dépend des interlocuteurs... Certains m’offrent un cocon accueillant dans lequel ma parole se love, ou bien me poussent à une logorrhée sans intérêt, juste par peur du Grand Silence Frisé (référence ! hum..), d’autres au contraire m’impressionnent, tant, que j’ai pu parfois tomber dans un mutisme si profond que j’ai moi-même pensé que j’étais parfaitement demeurée… Et puis, le téléphone… 2 heures pendues, à bâtons rompus, avec les Maries de mon entourage par exemple, contre le coup de fil mensuel en pays étranger, que je ne peux me résoudre à passer que tous les trois mois, au prix d’un effort extraordinaire … Un trajet en voiture, 6 heures pour la Haute-Savoie aux côtés d’Agathe, 6 heures d’échanges, de récits, de plongée dans mon enfance, bouche sèche, œil légèrement distrait sur les bandes blanches de l’autoroute qui se prosternent devant nous contre une cohabitation de cinq minute trente, parfaitement muette, avec un auto-stoppeur odorant, durant laquelle j’ose à peine changer de vitesse, de peur de frôler sa cuisse…
Depuis hier matin, je suis contrainte aux chuchotements, aux sms, aux mimiques, aux gestes, au texte ( !)
La situation m’intéressait, m’amusait les premières heures, une fantaisie, une originalité, un attrait particulier finalement, pour les autres, qui doivent tendre l’oreille, me servir d’amplificateur, sourient, me plaignent, chuchotent bizarrement à leur tour… Puis dans le courant de la journée, une tare, je ne peux rappeler mes enfants qui batifolent dangereusement au loin, les amis ont cessé de me demander ce que j’en pense, du temps, du soleil, de la course, de la mer, de la vie, de la mort ! L’employée du restaurant rapide me regarde d’un air mi-impatient mi-condescendant m’hyperventiler pour préciser qu’il ne me faut que quatre jus d’orange sur cinq boissons, je n’arrive pas à sussurer à Ad le suprême qu’il est beau dans l’effort, je ne peux rétorquer à Jessie m le bandit que mes fripons à la crème valent aussi bien que ses tomatinettas d’argentina, olé ! Pas moyen de rire grassement, de me déployer la gorge avec mes amis pizenaissois ou un truc dans le genre, ce jour – on reste feutrés… Faudrait que j’intéresse les gens, autrement qu’en parlant ! Mais je n’écoute même pas bien , je ne ponctue pas d’un ‘mm’, ni ‘ah, oui’, ou du fameux ‘d’accord’, cher à ce fameux docteur es-communication que d’aucuns reconnaîtront… Dois-je les toucher, bousculer, taper, caresser ? Hum…
Je me dis qu’il faut forcer dans le non-verbal : je grimace un peu, je m’agite, tape des mains, du pied (une fois, même ! Olé encore !) puis je me lasse, je dors.
Alors, musique flamenca à fond dans les enceintes à quinze euros, ça grésille un peu, je tapote les touches de mon ordi, sans même un petit cahier à spirale pour garde-fou, je me fais entendre, tiens !