Les Ragots (chronique rurale, 1)

Publié le par Blogueur d'ici et d'ailleurs

Vivre dans un village. S’intéresser un peu à ses humeurs. Très vite, sans l’avoir vraiment cherché, se rendre compte qu’on pourrait énumérer, maison après maison, le nom de ses occupants ou alors les désigner (« les nouveaux en face du café, mais si, tu sais, les volets violets »). Alors bien sûr, parler aussi, et écouter les histoires. Le matin sur le chemin de l’école, mais au retour, pour que les petits n’entendent pas, parce qu’on a conscience que c’est pas très joli de colporter les bruits, « mais bon, hein, au moins on s’intéresse » dit la copine. Devant un cassis, chez les voisins. Contrairement à ce qu’on croit, le « y paraît que » n’est pas de mise. Sans doute trop flagrant, comme préambule. C’est toujours la même qui s’exclame qu’elle est la dernière à tout savoir. Peut être parce qu’elle ne va pas à la boulangerie… d’ailleurs à ce propos, la boulangère, elle aurait peut être bien découché ce week-end ! On ne l’a pas vue servir dimanche matin, non, y avait sa sœur à lui pour l’aider à la boutique. Si, c’est Eliane qui m’a dit ça lundi. Elle l’aurait trouvé par ordinateur, ce Jules…sur internet, oui c’est ça.

Je n’aime pas les ragots. Ou alors, il faut qu’ils soient de taille. L’étalage Paris-Match au moins. Mais ici, on est des gens ordinaires. On aime, on vit, on se trahit, on dépense des sous, on se rabiboche, on meurt communément. On a donc les ragots qu’on peut et c’est déjà bien suffisant.

Ce matin, je suis montée sur le plateau. Mes bottes crevaient la glace des flaques et  l’humidité de l’air se laissait toucher. En débouchant sur le haut, un peu de lumière m’a accueillie. J’ai su que tout s’éclaircirait après midi. D’un regard, j’ai voulu embrasser la photo familière : trois fermes, une ruine, des mares, un cheval immobiles dans le froid. C’est le hameau «Les  Ragots », son nom tel qu’il apparaît sur le panneau. J’ai souri en repensant à la blague habituelle de celui qui m’accompagne souvent : « On est au bon endroit, profites-en, ici tu peux dire du mal ».

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Publié dans Précy

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P
eh bien viens! je t'invite sur le plateau.on ne peut pas comparer à mon avis...
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A
je préferais vivre ta chronique que la mienne
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C
Emmène-nous plus souvent sur ton plateau !
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