Violon d'Ingres

Publié le par m

Oui, il suffit de partir de quelque chose qui ne soit pas un point de vue, c'est à dire de quelque chose de courbe. Quelque chose qui se confonde, en somme, avec le jour et la nuit. Quelque chose de l'appartenance d'un Djinn. Quelque chose où la responsabilité - qui serait encore une manière de parler comme il faut parler, comme on doit parler et d'exercer un rôle - se dissolve dans l'arbitraire. Appelons-le le langage - comme disait Melville, "mettons". C'est bien cela, la possibilité de retrouver une liberté, non pas que quelque chose sonne juste ("fêlée", mettais Baudelaire), mais que quelque chose (se) soit envolé dans la liberté d'un nouveau langage. Que quelque chose nous allège. Que ma joie demeure. Que ça rende des sons comme des goûts, et c'est parfois le cas, inentendu. Quelque chose d'autre. Sinon j'étouffe. Alors écrire dans ce dehors de la pensée. Une pensée pour dehors. Pour soi seul. Peut-être. Mais dehors.

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C
Oui, l'oeuvre collective, ce sera une oeuvre pour s'amuser, c'est déjà pas mal ! Cela manquera trop d'unités et de reprises de flux. C'est déjà difficile à obtenir quand on écrit seul...Bien sûr que le texte court peut faire "oeuvre", j'entends publiable et "donc" universelle. Cela se rapproche alors davantage de la poésie.Moi ce que j'aime produire ce sont les romans. Jusqu'à présent justement je ne parvenais qu'à commettre des romans courts, presque de la longueur de la nouvelle. J'adore ce format, quasi-impubliable chez les adultes.Même en jeunesse, tous les recueils de nouvelles sont bannis. Ca ne se vend pas, il paraît.Mais depuis peu je goûte le bonheur d'écrire plus longuement. Quand je relis, je me demande comment j'ai pu penser à tant de choses à la fois, sur une telle durée : les lieux, la psychologie des personnages, leurs pensées, leurs actes, leurs paroles, leurs chocs, la couleur du temps, etc... C'est incroyable pourtant ça a lieu, cette création d'un monde que l'on restitue. Moi je compare ça à une course d'endurance. Je me dis souvent qu'il m'en manque encore, de l'endurance, pour parvenir à ce que j'aimerais écrire. Mais je m'entraîne. Il me manque encore de la force, et du courage aussi, ou bien quelque chose comme l'audace.C'est que je ne veux pas simplement raconter une histoire, ça ne fonctionne pas si on ne fait que ça, (d'ailleurs à vrai dire je n'ai pas vraiment envie de raconter d'histoires, mais seulement des moments particuiers ou bien suivre un fil ou une peinture qui feront histoire) il faut vraiment convoquer des âmes, des flux, des vies ; de cette façon on n'a plus à réfléchir à la psychologie des personnages : leurs pensées et actes s'imposent. Ce sont eux qui finissent par écrire l'histoire.J'adore quand ça arrive, quand je ne suis plus qu'au service d'autre chose, quand je ne suis plus démiurge. Quand je me laisse porter.Je crois que c'est quand on lâche prise qu'on écrit le mieux.Pour mettre un bémol au pessimisme hélas fondé : il existe des maisons d'édition qui se battent contre le consensus. Je ne les connais pas dans le monde de la littérature "générale", mais en jeunesse, après moult tâtonnements et rencontres, je les ai trouvés. Enfin, j'en ai trouvé une vraiment fantastique. Ne nous y trompons pas : elle paie "bien" ses auteurs. Il ne faut pas tomber dans le piège de se dire, je publie pour rien mais j'ai confiance dans la maison d'édition. Celles qui ne paient pas leurs auteurs ne les respectent pas et ne défendront jamais leurs livres. Une maison qui vous paie devra défendre votre livre pour rentrer dans ses frais ! Et si elle vous paie c'est qu'elle a eu un vrai coup de coeur pour votre livre, qu'elle ne voit donc sans doute pas comme un tube de dentifrice.C'était le petit conseil en passant (on parle jamais de fric ici et heureusement, mais là il faut, et profitez de mes grosses erreurs amères. Publier un livre mort dès sa naissance, ça fait mal, surtout qu'on met un moment à s'en rendre compte).
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M
Je crois qu'écrire c'est d'abord convoquer du possible, faire tourner les tables, vivre dans ces flux-là. Dans ce sens-là, il y a immédiatement un truc qui se passe, qui se transforme (le monde, ou les affects, ou la découvertes de possible(s), de relations nouvelles).C'est dans ce chevauchement-là que ça se passe."Ecrire, c'est tracer des lignes de fuite, qui ne sont pas imaginaires, et qu'on est bien forcé de suivre, parce que l'écriture nous y engage, nous y embarque en réalité."Les écrivains français font souvent le distinguo d'avec cette matière, la sépare de la vie (bourgeois). Toutes les écritures, pour peu que cela se passe, sont valides. Ce qui reste d'universel c'est le texte.Qui peut ou non être vu comme oeuvre, en fonction des champs que l'on connaît, ou de la constitution, création possible qu'on aperçoit de l'un ou l'autre.Pas besoin de longs textes... si l'on regarde les poèmes de Williams Carlos Williams, c'est très au coeur des choses, très court, presque par fragments (le fragment ne fait pas oeuvre ? Le texte court ?)Ce n'est peut-être plus publiable (je partage assez le pessimisme de Clara et pourtant presque l'impossibilité de ne pas aller le chercher, un jour ou l'autre...), cela peut faire oeuvre (au contraire ?)Quelle besoin avons-nous d'une oeuvre ?Il nous faut simplement d'autres manières de voir, d'autres singularités (lectures ou écritures).On peut considérer que l'oeuvre de fiction, au sens où l'on entend une psychologie, la création d'un personnage a été au bout... Ulysse et autre Chevillard(s). Et qu'il s'agit aussi de le prendre en compte.Y compris peut-être pour le support.Je suis d'accord aussi pour les pointillés sur le blog et aussi pour dire que ça nous apporte Vraiment quelque chose.Et puis on expérimente, on voit comment ça se passe, ce qu'on arrive à faire, - ou pas.Je suis assez pessimiste moi sur l'oeuvre collective, à moins de collaboration très proche ou particulière. Mais bon...D'accord pour ce que tu dis de Faulkner, et la puissance de l'oeuvre, cela dit.En parlant d'une réversibilité des choses, cela me rappelle "La communauté désoeuvré", un texte de Blanchot, la communauté de ceux qui vivent l'absence de communauté, très singulier.Et puis je pensais aux textes des moines Zen, peu écrit, mais au fil de la vie, au coeur de la vie, la vie même dans ses battements...
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C
J'ai bien vérifié, c'est à Precy ! Où est-elle d'ailleurs ? En vacances sans doute. Je suis d'accord, Barbouille, ce que nous écrivons sur le blog n'est que pour nous (c'est déjà énorme).J'ai eu, j'ai peut-être encore ce même rêve que toi : que mes mots prennent un envol plus grand et universel. C'est formidablement orgueilleux, tu le conçois, n'est-ce pas ? Mais pas seulement : il y a vraiment quelque chose de l'ordre du partage. Du don. Mais très vite on se rend compte que voir les choses comme ça (d'une façon idéalisée) travestit le métier d'écrivain. Ecrire, c'est d'abord un travail. Ce n'est pas un don, dans le sens où il ne doit pas être gratuit. Qu'on le veuille ou non, si on veut rendre ce rêve réel, on doit accepter la loi du marché, le mercantilisme, et ne pas accepter de le faire pour rien.On se rend compte ensuite que notre texte tant travaillé, dans lequel on a mis tant d'amour, n'est rien d'autre qu'un produit. Comme un tube de dentifrice, en somme. On se rend compte que parmi les centaines d'autres livres sortis au même moment, il ne sera pas remarqué, ou vite oublié. Puis pilonné. Epuisé, avant même d'avoir été vendu, donc lu. L'époque de Faulkner et la nôtre est hélas très différente. Je suis désolée de donner cette image si sombre et pessimiste, mais c'est du vécu !Bien sûr, il faut espérer. Moi, je touche quelques lecteurs, avec mes petits textes pour enfants, ils m'écrivent, ils n'ont que 9 ans et c'est extraordinaire ! Mais je sais que mon livre ne durera pas longtemps. L'un de mes livres a été épuisé et non réédité seulement 1 an après sa publication ! Il n'a même pas eu le temps de vivre.Ca met en colère, mais on continue pourtant. Parce qu'on se dit qu'un jour notre texte sera celui qui sortira du lot, qui sera si universel qu'il touchera le coeur d'un très grand nombre de lecteurs. Ca peut arriver, n'est-ce pas ? Mais pour y arriver, pour que cela soit beau, je suis, là, d'accord avec m : il faut écrire pour soi-même. Dans ce dehors de la pensée.Ensuite, écrire en correspondances, aux autres donc, ou sur un blog, et puis les lire, bref échanger, nous nourrit de façon formidable. En relisant aujourd'hui un texte terminé il y a un mois, je me suis rendue compte combien j'avais injecté sans m'en rendre compte toute cette matière.Nous sommes chacun les lecteurs de l'autre, et nous sommes chacun universel.
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B
A la relecture de mon commentaire, je crois que j'assimilais le Lecteur à Dieu dans ce qu'il peut représenter d'universel, la figure de l'Autre. Son oeil aussi. Je n'ai pas eu l'heur -ou si une seule fois, par le plus beau des hasards,, il y  a peu- de cotoyer ce genre de regard plein d'amour né de ce que j'ai écrit. Un écho fraternel.Je parlais de la peau de ce lecteur universel, de ceux qu'on ne rencontre jamais mais qui font vivre les mots après nous, dans le dehors de nous.Dans le dehors de soi, il y a eux... ou rien, souvent rien ni personne, seulement le silence.Une question seulement, m : qu'est-ce qu'une écriture pour soi seul ? Une chimère, un absolu, un idéal ou une réalité ? Un pléonasme...Par exemple, je viens seulement de découvrir - à presque 37 ans !- une écriture de mort, sur la mort, sur la morte de Tandis que j'agonise. Je viens de rencontrer Faulkner. Ce qu'il a  écrit, construit, crée résonne encore aujourd'hui. Je fais partie de ce Lecteur Lambda, une espèce de Léviathan en marche. Je fais partie d'un tout -de tous ceux qui ont déjà lu Faulkner- et cependant ce tout ne renvoie qu'à sa propre singularité, qu'à son onde personnelle, qu'à son intime fréquence.Je crois que j'aimerais être de ceux qui, six pieds sous terre, reposent encore entre les mains de quelques lecteurs... Je ne suis pas ton lecteur dans ce sens là, m et ni toi le mien. Je "suis" ta lecture, ta courbe, sur le blog, tes pointillés. Suivre des yeux et du coeur certes. Mais on se connaît déjà tous ici. Il n'y a pas la totalité d'une oeuvre, pas de lumière, ni d'ombre en continu. Il n'y a que des fragments, des je du pouvoir d'être encore ici et maintenant. L'éphémère beauté des fragments, des pigments, des aimants que nous sommes, l'un pour les autres.Ou bien oui  : une oeuvre collective, celle-là oui. Le tour de nous même quand s'est-il arrêté de tourner ? Combien de révolutions avant le mot fin de ce petit monde d'écriture ?A qui le tour ?
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C
Totalement arbitraire et en cela justifié !
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