Rosemary (Moriarty)
Elle toise la foule de son regard orageux. Ses iris sont-ils sombres ou bleus ? Le sourcil levé magnifique et la bouche pointue – sa lèvre supérieure avance un peu et lui fait une moue permanente d’enfant. Le teint albâtre, les cheveux attachés fous sur sa nuque terriblement droite… Soudain sa voix suave prend toute la salle moite, et la retourne littéralement. Lumière rouge sur la soie sauvage de sa robe mordorée…Ses hanches sont larges, sa taille pleine, son décolleté troublant, d’aucuns diront débordant… Elle atteint des aigus de diva, plonge en de graves vagues, puis brusquement s’arrête et tape son pied sur la folk ambiante du band. Plus tard je réalise à quel point les musiciens qui l’entourent sont virtuoses, et spectaculaires, et beaux.. Mais je ne peux détacher mon regard de cette madone puissante à l’allure tantôt indomptable tantôt gourmande, puis légère. Et la musique prend de chauds accents, et la température ambiante autant que l’euphorie générale de partager un moment d’exception nous colle l’un à l’autre, associés en communion avec la foule, d’un transport pas seulement amoureux, au balancement de vie de sons qui touchent les âmes au travers des cœurs. Peu à peu nous vibrons, nous enlaçons et nous faisons l’écho du rythme de nos hôtes si généreux. Divin moment de grâce.
J’en ajoute une petite illustration… bien loin de ce que nous avons vécu.