Ricafé
La faille existe
Existe car l'âme n'est pas ronde
Magellan n'en a jamais fait le tour
Jamais
Jamais arrivé à la ligne de départ
Si tant est que l'on arrive quelque part
L'âme est plate comme une orange
La peau d'une orange découpée
à l'économe
Pourtant économie de rien
avec l'âme
Pas une goutte.
Si vous courez sur la peau de l'orange
mâtinée de caféine
à perdre haleine vous perdrez pied
La peau s'y dérobera
Le vide s'y ouvrira
En début de faille vertigineuse
Quelques explorateurs s'y sont rendus
Les plus aimants y jouent souvent
sur un fil tendu dont on n'a jamais vu
l'autre extrémité déchirée.
Appliquent de l'argile sur les bords
En font des masques qu'ils aiment porter
avant de sauter
Main dans la main
Jusqu'à ne plus savoir si c'est leur faille
ou celle de l'aimé.
On s'habitue à la côtoyer
La faille
On s'en approche de plus en plus près.
Lorsque l'on tombe
(de plus en plus souvent)
C'est dans un rêve imbriqué dans un autre rêve
que l'on se réveille au bord d'une autre faille
Celle d'une autre strate
de l'âme.
Peut-être sommes-nous mort en tombant
Peut-être ressuscitons-nous à chaque fois
si nous ne nous suicidons pas.
Mais ce qui fait chavirer plus que tout
c'est lorsque l'on court au bord
de la faille d'une autre âme
lorsqu'on la voit vacillante dans le regard
d'un(e) autre
lorsque l'on regarde le monde
à la manière du métropolitain
lorsque l'on aime
jusqu'aux petits riens
lorsque les larmes perlent
jetés dans cette faille
qui n'est pas la nôtre
Et pourtant
Ce goût de café est enivrant.
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