Carnet de bord - Jour 17
Le vent court et arrive de loin, caressant cornes et crinières, soulevant poussière, terre, pétioles et sarments de vendanges, en volutes vangoghiennes annoncé par le bruissement des bambous et le murmure des feuilles. Il souffle la mémoire de chaque histoire rêvée, écrite, conçue, lue ou éditée dans la maison jaune aux volets bleu turquoise.C'est ce bruissement, ce murmure, que j'entendrai lorsque je repenserai à ce trop court séjour à La Laune.
C'est le texte que j'ai écrit sur le livre d'or de la résidence.
Ils ont aussi un petit carnet avec une idée très drôle : une histoire sous forme de cadavre exquis. Chaque auteur en résidence poursuit l'histoire. Bien entendu, il y est beaucoup question de diables et diablotins. C'est complètement délirant, certains ont une imagination folle ! Cela s'appelle : La légende du diable.
Demain, je m'en vais. Je penserai longtemps à ce séjour camarguais. J'ai découvert le charme des manades, et des regards habitués à se porter loin. Grande incompréhension, étrange et dense, devant les discussions enflammées d'aficionados de corridas. Lectures taurines à la féria de Nîmes. Loin, loin, loin de cet univers mais sourires derrière les verres de vin, que je voyais alors comme sang.
Rencontres. Simplicité des gens de la maison d'édition. Leur culture. Leur mépris de la médiocrité. Leurs différentes visions de la médiocrité. Leur résignation, parfois. En tout cas leur foi.
Et ce voyage loin de tout, peut-être même de moi. La distance permet tant de liberté. La création, pour commencer. Sérénité de se sentir nulle part, avec personne. L'histoire est venue, après les choix faits, et la voix entendue. Mon personnage a trouvé sa voix en moi, je l'ai incarnée. Elle a parlé.
C'est terminé.
Elle continue de parler en moi, tout le temps.
Les phrases roulent dans mon esprit comme le vent.
J'espère qu'elles vont vous parvenir.
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