Pardonnez-nous nos offenses

Publié le par Bulle pas spéculative


Ah la colère, c'est sans doute pas très sain la colère, c'est un échauffement de la bile, quoi, une réaction secondaire à un manque, une frustration, une blessure. Pas loin de la passion, la colère, pas bon pas bon ça madame.
Allons allons tentons la colère saine, celle qui ne renie personne, juste une forme d'expression licite contre l'injustice et l'indignation.
Je suis en colère.
Ah le krach, comme on est surpris, ça alors, certains auraient abusé ? Quoi donc, comment ça, l'individualisme forcené dans la course au profit, ça va forcément au casse-pipe ? Pour qui ? Quoi, pas pour ceux qui en ont profité ? Qui donc ? Ceux-là, toujours les mêmes ? Ah bon, les plus pauvres, les plus faibles ? Mais ne changeons rien, les zamis, prenons leur ce qu'ils ont épargné, tenez le Livret A par exemple, pour sauver ces riches qui ne pensent jamais à eux. Ben quoi, la logique, on ne change pas, n'a-t-on pas toujours fait comme cela ? Ca a marché assez longtemps, finalement, on a réussi à profiter des cocotiers fiscaux après tout ? Qui on ? Ben nous, nous qui pouvons parler, qui avons la parole depuis des lustres. Fichez-nous la paix. Voire sauvez-nous.
Ah, saine colère, qui enfle depuis si longtemps, et peut ENFIN exploser avec vous tous, on a le droit puisque vous aussi maintenant vous êtes dans la panade. On a le droit d'en parler, de cette crise puisque vous la vivez aussi maintenant, crise, quoi ? Mais merde de merde (c'est ça la colère, on n'est plus très polis pour finir), ça signifie quoi la crise ? Ca signifie quoi pour ceux qui se sont défenestrés lors de descentes de police pour qu'on les ramène dans un pays qu'ils ne connaissaient pas ? De préférence sans leurs enfants. Ou ce sont les enfants qu'on prend sans leurs parents. Ca signifie quoi pour ceux qui pourrissent dans les prisons, ça signifie quoi pour ceux qui depuis longtemps ne peuvent plus se loger, se nourrir ?
Crise ? Quel mot étrange.
Mais parle-t-on pour autant plus d'eux, ces gens-là, qui connaissent la crise depuis si longtemps que le mot n'a plus de sens ? Que nenni.
COLERE, bon sang de bois (voyez je me maîtrise, quand même), quand un journal censé être de gauche, Libé allez on les dénonce, tant qu'à faire c'est dans l'air du temps, invite "17 intellectuels et artistes" parler du krach. Je m'y suis jetée. Enfin de l'air ? Enfin un autre discours ?
J'aurais dû me méfier : parmi ces 17 intellectuels, seulement 4 femmes et un noir (non pas de femme noire, faut pas charrier non plus). Ca fait 13 mâles blancs race dominante pour parler de la crise. Surprise ? Ben non pauvre idiote (la colère tournée contre soi-même, ça fait moins de dégâts), pas de surprise ma belle, rien de neuf sous le soleil. Bah quelques saillies de ci de là tout de même, faut tenir son rang de gauche. Mais à part ça, néant.
Solitude.
Et dans la rue toujours pas d'autodafé. On n'a qu'à attendre avec les 13 mâles blancs, bras croisés, ça viendra.
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J
d'accord pour la crise qui n'est crise encore une fois que pour les possédants... le reste étant invisible...pour le modèle majoritaire... reste qu'il n'y en a pas moins pour la femme à acquérir un devenir-femme ou un devenir-minoritaire etc (être femme ne garantie de rien, tel quel), les devenir entraînent sur de tout autres pentes, reste à suivre ces lignes ; le "type" majoritaire n'existe que comme norme en ce sens.
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