Pot-au-feu 2

Publié le par m

C'était un dimanche matin sous les combles. C'était à Strasbourg. Dans une vie antérieure. Y'avait moi, un ami au long regard bleu, une bouteille de pif, genre Vieux Papes, vraiment, quelques légumes qui devaient traîner par là, et des patates aussi, sûrement. Ce qui est bien, avec les souvenirs, c'est qu'à tous les coups on les crée. Pas moyen de s'y retrouver. C'était une vie inventive, c'était un dimanche matin, on allait faire cuire quelque chose, pour nous deux. J'étais étonné, nous, on faisait rarement ça, une fois passées les tasses propres, le reste de la semaine, on se retrouvait au RU. On se voyait, souvent, pourtant... le truc dont j'étais le plus fier, c'est quand il approchait de ses lèvres une cuillérée moulée de crème caramel tremblotante, hésitait, la crème à la limite de la rupture s'agitant en tous sens devant lui, et l'avalait tout d'un coup d'un geste sûr gosier rempli, en une bouchée. J'avais mes trucs à moi, aussi. La soeur de sa copine avait passé toute une saison à me faire croire qu'elle était charcutière, ce dont je ne doutais pas, vu ses mains. En fait, elle était pianiste. Moi, à l'aide de chaussons de cuir noirs empruntés à un autre ami - on avait la même taille, pour à peu près tout -, je la persuadais que j'étais danseur, me déplacant d'un pas léger, d'une salle à l'autre. Sa soeur à lui, les yeux aussi bleus que les siens, tellement tristes, qu'il m'avait fallu lui offrir les Mille milliards de poèmes de Queneau, ces bandelettes de textes qu'on déplace à l'infini, chacune constituant une phrase du poème qu'on n'aurait jamais fini de construire à deux, même à deux, tant j'étais amoureux.
On papotait, dehors les chats devaient rôder sur les toits (Bernadette, in memoriam), il devait y avoir du soleil, c'était nouveau pour moi, de faire quelque chose rien que pour nous, pour ce dimanche, pour la fête qu'on pouvait se faire même à deux, même silencieux, en faisant cuire la viande. Il devait sûrement y avoir une histoire d'oignons, quand ça commence, quand on est au début de quelque chose. Même d'un plat. D'un moment, avec son acuité particulière sa lumière sur le monde. Une toute petite part des choses qu'on éclairait. Ainsi.
Plus tard il m'écrirait quelque chose sur l'amitié, sur l'amitié et le départ des amis. Je dois encore en avoir la trace, l'écrit, en preuve. Sur les choses qu'il y a à laver, à finir d'essuyer, après la fête. Sentiment d'être loin et proche des choses qui se finissent. Plus tard encore, des voitures qui dessinaient quelque chose comme des points d'interrogation, aux ronds-points. Encore, du blanc laissé par les vacances, août tout le monde out, en amitié. C'était vite écrit, vite délivré, de sa belle écriture. N'ai jamais pu résister, personnellement, à l'écriture, de la main d'un ami.
Il aimait beaucoup Pessoa, son Livre de l'Intranquillité. Les plus beaux livres sont les livres qu'on lit, que l'on donne ; les mêmes. Il allait parfois en voler qui ne valaient pas le prix des éditions luxueuses mais qu'on aimait, les Du Bouchet, les Klossowski. Ceci dit pour les références.

Mondes clôts presque hors de soi, les retrouver les humecter à nouveau, pour ce qui s'ouvre aussi , dans ces tasses japonaises - pour peu qu'on le veuille bien - à la coexistence, à la coalescence ; pour peu qu'on ouvre une porte, qu'il y ait une rencontre.
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M
Ben dites donc, c'était un peu la messe noire du blog, là. Y devait y avoir des bougies un peu partout...Olivier, fait leur garder la tête froide, à tous ces littéraires !Ou alors faites comme moi, lisez Don Quichotte jusqu'au bout de la nuit.Ed Points, pour Ad.        m
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C
Cher m,Nous venons de te lire, moi à voix haute, eux à écouter. C'était un peu religieux, comme activité ! Mais très chouette. Plein d'images très belles, de souvenirs que l'on devine émouvants. "moi dans le meme ordre d'idee je me souviens qu'en cite U, il y a avait des noirs qui allaient cuisiner un porc epic ben c'est tout, je suis parti en courant a l'arrivée du porc epic parcequ'il etait nu c'est tout c'est fini.Tu veux que je te parle aussi du tunisien qui s'appelait Zou et qui me faisait des briks aux thon, tres tres bonnes aussi." dit Lolo, écrit par JCD. Oui oui, JCD vient de retranscrire ces lignes sur ce blog !"Ah, Kéziah, Kéziah", dit Lolo.Un peu comme si tu étais avec nous, quoi !
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