Un poème d'Henri Michaux

Publié le par m



Laissez-moi, dit Pollagoras, je suis fatigué de l'épi querelleur. Le temps est venu pour moi. Laissez. Mon sang a perdu son colloïdal. Mon être tout entier dépose des pierres.

    Le démantèlement commença avec la mort de quelqu'un avec qui je vivais. Ce quelqu'un était femme, c'est à dire propre à s'insinuer dans tous les couloirs de l'âme.
    Elle tomba dans la mort. Soudain. Sans aucun accord.
    Loin de la grève, la mer se retira.
    L'ensablement gagna les étendues, les étendues et les profondeurs, et une nuit se présenta qui effraya ma nuit, celle pourtant vaste avec laquelle depuis longtemps je me couvrais du jour insupportable des autres.
    Je lâchai vite quelques fusées mais la nuit les absorba sans s'altérer, et filèrent les vaines fusées sans éclairer plus que quelques poussières et disparurent sans gerbe, sans éclat, loin du visage noir de l'artificier.


"Vieillesse de Polagoras" in "La vie dans les plis" (Poésie/Gallimard)
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Comment l'as-tu trouvé si vite, ce commentaire à mon texte ?! Tu es étonnant. Merci, en tout cas, ça me touche... Cette peinture de Le Greco en est aussi une résonnance. C'est terrible, je n'arrive pas à bosser, avec tout ça... Et en plus, coup de fil de copines toutes contentes et en vacances ! Trop de plis !
Répondre
M
Oui, ça se voulait comme un commentaire, à ton texte...Et y paraît que Le Greco est le grand peintre du baroque... et le pli, son acte opératoire.
Répondre
C
Cher m, contente de te lire à nouveau ! Etranges similitudes...
Répondre