1er chapitre : "Lucie"

Publié le par gaelle


Lucie se sentait d'humeur joyeuse ce matin là. Elle s'était réveillée avec la chaleur du soleil sur son visage, et avait pris le temps de s'étirer, comme elle l'avait appris en observant son chat Ulysse. Tiens, bizarre d'ailleurs, aujourd'hui ce dernier l'a biglé du coin de la chambre avec un ravissement qu'elle ne lui connaissait pas. Elle l'appela, il ne vint pas. Il préféra ronronner de loin, puis se mit à entreprendre sa toilette matinale. Lucie fit de même. Après un bain relaxant aux senteurs de rose, elle fut attirée par les émanations du pain grillé. Puis, elle se mit en quête du vêtement qui conviendrait à son humeur suave; Une petite robe légère, rose, se prêtait parfaitement au Printemps qui pointait son nez, ainsi qu'à ses douces joues rosées, sans fard. Le soleil était maintenant au Zénith...

Lucie décida de revisiter sa tendre ville natale, Marseille. Fin prête, elle voulut dire au revoir à Ulysse, mais celui-ci ne semblait pas vouloir la voir partir! Il lui sautait dessus, grimpait sur ses épaules dénudées, tout en émettant des miaulements, à ce jour inconnues de sa maîtresse. "Je reviens vite" lui dit-elle. Elle le déposa au sol, non sans une pointe de résipiscence, puis verouilla la porte.

De son quartier, La Plaine, Lucie traversa le marché, insouciante, s'émerveillant de la diversité et de la richesse culturelle y régnant. En effet, ici, légumes, livres, bijoux, vêtements, objets divers lui faisait faire le tour du monde!!! Des dattes Tunisiennes, des calebasses tropicales, aux poètes Libanais (elle pensait aux "Lettres d'Amour" de Khalil GIBRAN), en passant par les ravissements de l'Or provenant d'Afrique du Sud, et les Sarouels Marocaines...!!!

Elle descendit la rue des 3 Mages qui abritait, également, ses richesses. Des créateurs innovants et originaux, peintres, confectionneurs orientaux, s'y amassaient...Le café-libraire "La Passerelle", l'Exodus" lieu de spectacle, le "Cubaïla Café", tous lui rappelaient d'allègres souvenirs!!!

Elle passa devant le square des 3 Mages où boulistes et centenaires se complaisaient à profiter de l'instant. Certains diraient qu'ils ne sont que perruques, des vieux, que leur temps est fini, qu'ils sont Empire, rococo...! Pour Lucie, leur sagesse était touchante, leur sens de la jouissance du présent l'émurent. Et, s'ils n'étaient plus là, ce parc n'aurait plus d'âme...

Tout en s'attendrissant, Lucie continua son périple; Elle passa devant le "palais des arts", où le 5ème concours artistique se déroulait, et décida de voyager à nouveau, cette fois à travers des tableaux d'artistes contemporains du XXIème Siècle, entremêlés avec des aquarelles représentant Marseille au XIXème!

Christian GONCALVES et son carroussel l'impressionnèrent par sa technique de gommage et d'aluminium; "La grande fessée" de BOWSARLT Christophe l'a fit rire; La peinture "embryonnée" entre le naturel, le spontanée, l'organique, l'artificiel, la maîtrise et la matière effusive de HELLER Lili l'a transportèrent dans un tourbillon chancelant... Ge FENG et ses mains entrecroisés lui rappelèrent que le corps et l'esprit sont 2, mais ne font qu'1 ("Le corps contrôle l'esprit qui, à son tour contrôle le corps"). Quant aux peintures d'AMARNI Amar, qui offrent aux yeux des images du réel et de la réalité, sans raconter aucunes histoires, ni illustrer les évènements, la firent se questionner sur l'individu confus et perdu dans le monde actuel!

Ravie de cette visite, Lucie se sentait légère... Sa robe satinée, virevoltant dans cette brise printanière, reflétait parfaitement son état d'esprit!

Elle eut envie de continuer son excursion en train. Ohhh, Lucie n'avait pas les moyens de s'échapper bien loin, mais elle aimait à prendre ce petit train Marseillais qui l'a faisait "grimper" à 160m d'altitude pour 5€...

Traversant Noaïlles pour rejoindre le Vx Port, elle chantonnait ce petit refrain que le groupe CQFD avait constitué : "Noaïlles, Noaïlles, j'veux pas qu'tu t'en ailles... Si tu veux pas qu'elle s'en aille, emmènes la à Noaïlles...!" Elle emplit ses sens des merveilles d'étalages, et se dit que sur le chemin du retour, elle s'arrêterait choisir des christophines et papayes, qu'elle utilise pour confectionner ses succulents gratins!!!

Mais pour l'heure, elle s'approchait de "Toinou", et eut envie de Calmars persillés aux épices, de poissons grillés sauce chien, de papillottes de vivaneau aux mangues...

Soudain, elle entendit une voix d'outre tombe lui susurrer : "Cède à la tentation, VOIS-MOI..."

Déconcertée, Lucie volta çà et là, puis continuant son chemin; Elle se dit que la richesse de cette journée se jouait d'elle!

Descendant la Canebière en pleine fermentation, elle vit Enfin la MER. Cette mer, miroir de son âme, elle aimait la contempler dans le déroulement infini de sa lame.

Le petit train était au rendez-vous. Quelques touristes Japonais affublés d'une technologie hétéroclite se tenaient au devant du convoi. Lucie s'avança vers le petit cabanon, qui faisait office de guichet, pour prendre son ticket;

Quand subito, elle entendit ce grand brame : "Je suis à toi, REGARDES-MOI".

Médusée, Lucie resta figée...
" 5€ pour Notre Dame de la Garde, Mademoiselle"

Pensant s'éloigner de son imaginaire, elle tendit le billet et s'acquérit du ticket nécessaire à la montée. Avançant tel un fantoche, elle s'installa à l'arrière train, près d'un passager à la grâce amphigourique. Habituellement, son visce de puscillanimité l'aurait empêché de s'approcher de cet étranger; Et puis, usuellement, elle aime à voyager sans voisinage...?

La voix : "N'est pas peur, JE T'AI RECONNU!"

Instant de panique... Qui parle ainsi à son esprit? Cette voix, elle l'a reconnait, certes, mais ne peut mettre une image dessus...?

Son voisin prit sa main, et lui dit : "Je suis ravie de vous avoir à mes côtés!"

C'est cette voix, c'est lui, se dit Lucie... Resplendissant et majestueux, tout comme sa voix gutturale et métempirique!

Etrangement, elle se sentit rassurée... Le train démarra et les emmenèrent vers la sapience de la Bonne Mère!

En passant devant l'abbaye St Victor, l'étranger dit : "Que vous êtes bellissime au petit matin"

Il était 16h... Lucie pensait ne pas avoir très bien compris. "Comment?" La seule réponse de cet allochtone à l'accent roumain fut : "VOUS ME RECONNAITREZ!!!"

Ils passaient à présent près du Jardin Pierre Puget, et tout en glissant sa main droite entre ses cuisses, l'inconnu chuchota : "Bientôt, nous pourrons à nouveau NOUS AIMER!!!"

Cette fois, s'en était trop! Lucie ne comprenait rien à tout cela, et ne souhaitait pas céder si facilement aux avances de ce bellâtre... "Enfin, Monsieur, je vous prie, je ne vous connais même pas, et j'aimerais profiter de ce paysage fascinant!" Il retira sa main...

Les voilà arrivés au sommet. Lucie était ravie de constater que Notre Dame de la Garde était toujours aussi balsamique.

Elle descendit du train, fit quelques pas, puis se retourna pour constater que l'anonyme n'avait pas bougé de son siège. Il l'observait! Puis, tel un volatil, il se tint à moins de 10cm de son visage, en moins de temps qu'il n'en faut pour le croire. Lucie en tombait des nues, mais ressentie une appétence toute nouvelle. Embrassez moi (les mots étaient restés dans sa tête), mais il lui répondit, sans un frémissement de lèvres : "Avant peu, nous brulerons d'Amour pour l'éternité!"
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