Le chant du bouc

Publié le par Clara

Sorry, un article pour rien ! J'avais mis la suite de Violette, puis je viens de me rendre compte dans les com que c'est m qui s'y attelait. Je laisse donc la place à m. Et puis comme j'arrive pas à supprimer un article, je ne peux que remplacer mon texte par celui-ci, passionnant n'est-ce pas ?

Bon, à la place je vous mets un autre texte. C'est le début de mon tout premier roman. Je l'ai écrit le lendemain d'une épreuve du bac, je me souviens, d'une traite.
Ca s'appelait Le chant du bouc (tragos eodos, en grec, certains disent que c'est l'origine du mot tragédie. On est sérieux quand on a 17 ans...)
Alors voilà :



Prisca avait été une curieuse enfant, que l’on voyait errer longtemps, les yeux hagards, comme à la recherche de quelque chose dont elle-même n’avait aucune idée. Elle grandit avec ce vide en elle qu’elle ne savait expliquer et qu’elle tentait de combler avec l’amour de son pays d’origine : l’Amourine.
    Elle avait désormais dix-huit ans. C’était une charmante jeune fille brune, d’allure gracieuse, aux yeux noirs, profonds et vifs. Ses gestes étaient larges et parfois brusques. Sans doute désirait-elle d’un seul de ses mouvements à la fois embrasser et secouer le monde entier.
    « Prisca... » Elle prononçait son prénom tout en marchant, dans cette rue animée, remplie de femmes jeunes ou vieilles discutant devant les vitrines, d’hommes pressés et d’enfants agités. Tout ce monde qui semblait si concerné par la vie, qui la mordait, la brûlait, la gaspillait, l’économisait peut-être. Tous ces gens existaient. Ils en avaient toute la conscience, et l’exprimaient par des « chienne de vie », ou des « vivre plus haut, plus fort! ».
    « Prisca », c’était autre chose. Ce mot lui semblait venir de loin, terriblement loin. Il était comme étranger, il ne correspondait à rien, même pas à elle. Ou peut-être était-ce elle qui ne correspondait absolument à rien. Que signifiait le fait d’être là, parmi ce grouillement de personnes qui lui semblaient faire un tout ? Elle, elle n’était qu’une. Mais une unique toute seule. Peut-être là-bas, dans son pays, se sentirait-elle plus en phase avec le reste, avec les autres ?
    Elle passa devant une vitrine recouverte de grandes banderoles jaunes sur lesquelles de grosses lettres noires agressaient l’oeil:   « SOLDES ». C’était dommage, on ne voyait plus l’intérieur de la boutique.
    Elle continua à réfléchir sur sa condition. Son « humaine condition », et cette expression la fit sourire, sans qu’elle puisse expliquer pourquoi. « Trop pompeux, sans doute... ».
    Elle se rappelait son enfance, où les grandes personnes n’étaient pour elle que des ombres qui s’agitaient, faisaient du bruit, le tout parfaitement incompréhensible. La seule chose qui était bien nette et importante, c’était le ciel, troué par le soleil.
    Elle leva les yeux. Hélas les bâtiments ne laissaient paraître qu’un petit bout de bleu, et pas même un petit croissant de jaune. Alors son regard se porta de nouveau sur les gens de la rue, et elle se rendit compte qu’ils lui étaient aussi étrangers que durant son enfance. La différence, c’était que maintenant elle essayait de les comprendre. Elle avait même réussi à devenir très sociable. Elle aimait apprendre à connaître les gens, les entendre parler. Elle trouvait merveilleux de constater toutes les différences qui pouvaient exister entre telle ou telle personne. Elle avait appris qu’il fallait toutes les accepter, et même, toutes elle les aimait.
    Mais voilà... Elle, elle se sentait toujours à dix pieds au-dessus de leur réalité. Elle n’arrivait pas à la toucher, ne serait-ce que du bout des doigts. « Moi, je ne vis pas », se disait-elle. Cependant, elle se sentait exister. Oh oui, elle existait peut-être plus encore que n’importe qui. Parce que dans sa tête il se passait tant de choses ! Elle voyageait de façon intérieure, réfléchissait sur tout, sur elle, sur les autres. Tout chauffait, se bousculait, explosait en elle.
    « Mais tout cela ne sert à rien, parce que je ne vis pas... ».
    Au détour d’une rue, soudain s’étendit devant elle un chatoiement de couleurs, de bruits et d’odeurs, plus irrésistibles les uns que les autres. C’était une petite place charmante, embrassée par de vieux bâtiments blancs aux pieds faits de vitrines colorées, aux étages ornés de sculptures et gravures latines. Une petite fontaine ronde qui gouttelait sans répit tenait lieu de nombril.
    Et partout, des fleurs.
    Là, on voyait le soleil. Et sur des milliers de corolles, il prenait les couleurs les plus diverses, desquelles émanait les odeurs les plus délicieuses. C’était une immense fleur lumineuse (une jonquille peut-être) qui prenait sous la protection de ses pétales de feu d’autres petits soleils formant des tâches irisées, éclairant avec bienveillance les bonnes femmes munies de leurs paniers d’osier.
    Le marché aux fleurs.
    Prisca huma l’air avec bonheur. Son coeur se gonfla d’un seul coup, et elle pensa : « ça, ce doit être la vraie vie. » C’était le seul endroit qui trouvait un écho en son âme, qui semblait lui parler véritablement. C’étaient comme des centaines de petits souvenirs d’une autre vie qui lui revenaient alors, une vie ailleurs, peut-être dans un autre pays, peut-être en Amourine...
    Puis survint un anachronisme. Cela ressemblait à une explosion qui déchira l’air et fit vibrer les murs et les fenêtres. Prisca vit alors l’azur du ciel violé par un oiseau grisâtre, dont les ailes ne battaient pas et dont l’allure était si rapide qu’on ne le vit pas même durant plus d’une seconde.
    Un avion venait de passer le mur du son.
    « Ah oui, c’est vrai... » L’idée de traverser un mur qui n’existait pas plaisait d’habitude à Prisca, mais là... Cette pénétration violente de la modernité dans son univers paisible de songes et de souvenirs qui eux non plus n’existaient pas lui fit mal.
    « C’est vrai, je suis dans ce monde-là... »
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M
Ben euh, en fait, tu sais, Clara, je n'ai pas commencé Violette, donc, si tu veux, tu mets le tien... et je prends la suite (ce soir, hein, promis...)
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