Un homme qui dort

Excusez-moi les copains, mais on parle d'"une fille qui dort", de Georges Perec, de littérature de contrainte... ça me rappelle quelque chose... que Perec a écrit un beau bouquin qui s'appelle "Un homme qui dort", - qui m'a drôlement entraîné à une époque (c'était un peu après ma naissance...) qui était justement, sans qu'on le sache très bien, de la littérature de contrainte. Ou plutôt, deux trois choses (ce n'était pas encore l'Oulipo ni "La vie mode d'emploi") ont comme "provoquées" le livre. Parmi celles-ci, une phrase du tout début de la Recherche, et qui donne d'ailleurs son titre et son développement au livre, sa puissance de traversée, en détermine un peu comme son ellipse.
"Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes. Il les consulte d'instinct en s'éveillant et y lit en une seconde le point de la terre qu'il occupe, le temps qui s'est écoulé jusqu'à son réveil ; mais leurs rangs peuvent se mêler, se rompre. Que vers le matin, après quelque insomnie, le sommeil le prenne en train de lire, dans une posture trop différente de celle où il dort habituellement, il suffit de son bras soulevé pour arrêter et faire reculer le soleil, et à la première minute de son réveil, il ne saura plus l'heure, il estimera qu'il vient à peine de se coucher. Que s'il s'assoupit dans une position encore plus déplacée et divergente, par exemple après dîner assis dans un fauteuil, alors le bouleversement sera complet dans les mondes désorbités, le fauteuil magique le fera voyager à toute vitesse dans le temps et dans l'espace, et au moment d'ouvrir les paupières, il se croira couché quelques mois plus tôt dans une autre contrée."
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