à retardement - ma naissance
Moi, j’étais ATTENDUE. Ouais, ça fait prétentieux de dire ça. Mais non, j’étais attendue. Comme l’aboutissement d’un instinct maternel remisé depuis longtemps. Comme on se clone, comme on se reproduit véritablement. A tel point que le jour de ma naissance, ma mère a failli me céder la place pour de bon, j’ai failli me subtiliser à elle plutôt que cohabiter. Pendant longtemps la fusion a été telle que je n’ai pas su qui d’elle ou de moi était la vivante, il me semblait qu’elle l’était nettement plus que moi, maintenant que j’y pense. Et elle devait ressentir exactement l’inverse : Enfin, l’Autre, enfin, une raison, légitime, de s’accomplir, de se décupler, de s’épanouir, de fleurir… Elle s’est posée, ma mère, elle a déployé de longs pétales moelleux, sur lesquels j’ai titubé, j’ai trébuché, me suis assise, et relevée. Qui, d’elle ou de moi, est l’original ? Peu importe, finalement, nous existons, l’une pour l’autre, l’une par l’autre, pour le meilleur et pour l’impossible.