Mais qui suis-je ?
Je vais finir par y perdre mon arabe. Plus ça va moins je comprends qui je suis. Quelle idée aussi d’être né musulman et de fréquenter les écoles privés cathos et les Scout de France. Non mais des fois on se demande si les parents réfléchissent. Je vous le dis, je ne comprends plus rien. A Noël je tue le mouton, à Pâques je fais le ramadan et le Vendredi Saint je ne mets jamais de boulettes dans le couscous. Mon 1er jours dans cette école, tout le monde voulait me voir, certains pensaient que j’étais le fils d’un émir, d‘autre encore, n’avaient jamais vu un arabe de si prés.
Evidemment je fête noël. Si ça, ce n’est pas de l’intégration, vous imaginer, un arabe qui fête la naissance d’un juif dans un pays catholique. J’ai même eu droits au fameux cours de catéchisme, dit catéch. A la question avez-vous été baptisé, j’ai répondu oui, avez-vous été confirmé, j’ai répondu peut être. Que représente pour vous Jésus, j’ai répondu un prophète, erreur de débutant, les prophètes c’est chez nous. Evidement avec tout ça comment voulez vous que je m’y retrouve.
Tous les jeudis matin, il y avait la messe. Au début l’Abbé, le directeur général, fils du fondateur de cet établissement, acceptait que je n’y vienne pas. Ce qui me faisait faire une grasse matinée de plus par semaine. Mais un jour il a su que j’étais scout et que en conséquent je me rendais à toutes les célébrations. Il me fit venir dans son bureau :
- Alors, ad, comment se passe ton séjour dans notre établissement ?
- Bien, Monsieur l’abbé.
J’avais et j’ai toujours beaucoup de mal à dire père, quand je m’adresse à un homme d’église. Déjà que mon propre père je l’appelle par son prénom.
- Vois tu je suis sidéré par la rapidité avec laquelle tu t’es intégré
- Merci, Monsieur, mais je n’y suis pour rien, votre établissement et mes camarades m’y aident beaucoup.
- Par contre, j’ai pu constaté que mes offices étaient très, très triste sans toi, aussi pour faire plaisir à tous tes copains, dorénavant tu viendras à toutes les messes.
- Merci, Monsieur, mais je ne voudrais pas déranger
- Oh mais tu ne dérange pas du tout, bien au contraire tu partageras avec tes amis ton infini sagesse. Voilà, Tu peux retourner en cours.
- Merci Monsieur.
Et voilà, comment j’ai eu droit à une messe de plus par semaine. Le jeudi, je priais, le dimanche je priais, et quand je rentrais chez moi je priais, pas dans la même langue, même si c’est le même dieu. En quelque sorte j’étais en train de devenir un homme voué à la dévotion et à la prière. Un sage en quelque sorte, bien malgré moi.