grave
Lison. Elle a les yeux clairs.
Un jour, au restaurant avec elle et ma mère, la serveuse m’a demandé si c’était ma grand-mère, attendrie à l’idée de trois générations dînant à sa table. Sans réfléchir, j’ai répondu oui. Il faut dire que je la connais depuis toujours.
Elle et sa sœur Simone, elles se chamaillent. Elles ont plus de 75 ans toutes les deux. C’était en mai, quand on leur a ouvert la porte du camp, Simone est allé piller comme les autres le garde-manger où ne se trouvaient que de la bière et de la margarine. Elle transportait la matière fondante entre ses doigts décharnés et la confiait aux genoux de sa sœur malade, accroupie en bas de l’escalier où tous se bousculaient... Et Lison s’est entièrement fait voler le butin… sans pouvoir réagir. Elles nous racontent en riant comment Simone a alors proprement insulté sa sœur, la traitant de bonne à rien… Et Lison conclut « Voilà pourquoi depuis j’ai toujours cette impression ! Pas besoin de psy ! » en s’esclaffant.
Un jour, elle a reçu un groupe de collégiens à la radio où elle prépare depuis plus d’une dizaine d’années quelques émissions. Une jeune fille lui a demandé : « Dis, qu’est-ce que tu as écrit sur ton bras ? Ton numéro de téléphone ? » Elle lui a répondu que ce numéro-là ne s’effaçait pas.
Je ne connais pas le visage de ces deux-là autrement que tout plissé de sourire. Je n’arrive même pas à les imaginer graves. Ah si ! Lison, l’air grave, alors que je parlais tout à l’heure du mauvais temps annoncé pour samedi prochain, m’a assuré : « Mais je m’arrangerai pour qu’il fasse beau. On a encore des dettes là-haut. Je ne les Lui rappelle pas souvent, mais là, c’est important. »