Les hommes, les femmes, le soir
Les soirées s'étirent parfois en lambeaux de pensées
En tristesses volatiles et nostalgies absurdes
Les nuages blancs se ternissent de gris
Et les femmes pensent aux hommes, soudain,
comme les hommes pensent aux femmes
En les trouvant beaux et lointains,
Emouvants et forts,
Elles aimeraient
Sonder leurs faiblesses
Pénétrer leurs rêves
Percer leurs coeurs
Se lover dans leurs bras
Humer leur chaleur
Passer leur main dans leurs cheveux
Retrouver en eux l'enfant
Ebouriffé
Blessé
Sauvage
Passionné
Egoïste
Généreux
Si généreux
Et tendre.
Elles voudraient
Jouer avec eux
Les enlacer
Les serrer fort
Fort
Panser leur blessure
Ou l'élargir pour mieux la panser
Boire leurs hoquets de pleurs
Chagrins immenses de petit garçon
Serrer leur main contre leur bouche
A les étouffer
Presque
Puis leur donner l'air
De leurs propres poumons
Les rendre aveugles un temps
Pour mieux leur rendre la lumière
Hommes qu'elles aiment
Comme elles aiment le vent
La pluie et les nuages gris
Le soir qui tombe
Sur leur âme ouverte
Sans défense
Sans défiance
C'est leur choix
Hommes qu'elles veulent protéger
Des maux qu'elles leur infligent
Absurdité du don
Le don de soi c'est égoïste au fond
Seuls comptent les gestes
Mémoire de la peau
Cramée
Griffée
Marquée à vif
Mémoire des mots
Des voix
Des regards
Mémoire du coeur
On dit qu'il saigne
Il se serre au fond
On dit qu'il veut des voix,
des regards, des sourires
Alors qu'il veut des peaux,
Des corps,
de la salive et du sang...