Saut dans l'espace et le temps

Publié le par Clara

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Copyright Marie-Ange Ostré

Lundi 29 août 1999

8 h 00 : Je suis à l’école maternelle de Saint-Georges, en Guyane. C’est la prérentrée. J’arrive en avance, Michel (mon directeur) a donc le temps de me montrer ma classe. La cour est en travaux et devant ma classe une dizaine d’ouvriers sont en train de faire une poussière infernale. Il fait évidemment déjà très chaud. Après un tour de clé dans la serrure, Michel entre dans ma classe et je le suis. Première constatation : elle est très grande. Point très positif. Mais très vite je m’aperçois que je n’ai ni bureau ni tableau, mais surtout que le nombre de chaises me semble un peu restreint, et la quantité de jeux et de matériel encore plus restreinte ! Bon. Nous allons dans la classe de Michel (qui a les 2-3 ans), où je fais connaissance avec mes nouveaux collègues : T., qui est ma voisine et a la grande section (5ans) ; F., qui est dans la classe voisine à la mienne et qui a les moyens (4ans) ; Fr. qui a les moyens-grands (4-5ans) et enfin I., Créole, qui a les grands aussi. Petit-à-petit, j’allais en apprendre plus sur chacun d’eux. F. est, comme Michel, marié à une Brésilienne dont il a eu un enfant cet été, mais il vit aussi avec les 4 autres enfants de sa femme ainsi que la mère de sa femme ! Fr. est un personnage : elle a été directrice de l’école de Maripasoula (sur le fleuve Maroni, dans des conditions assez dures) pendant 4 ans et elle a aussi travaillé avec des tziganes en métropole ; on peut dire qu’elle adore les situations difficiles. I. est celle avec laquelle je me suis le mieux entendue, hélas on ne se voit jamais car elle est dans une classe qui est de l’autre côté du chemin ; et même nos récréations sont séparées (je retrouve le même problème qu’à l’école National de Marseille où je ne voyais que la moitié de mes collègues, et très peu Laurence surtout avec qui je n’ai pu entamer qu’une amitié embryonnaire). I. est sortante IUFM et doit avoir à peu près mon âge. Son copain est un métro, et il est aussi notre animateur ZEP. Ils forment un couple très sympathique. T., enfin, dont j’ai déjà parlé, mariée avec un prof du collège, et qui a un petit bébé.
Nous commençons la réunion, et Michel nous donne la liste de nos élèves. Moi j’ai les petits-moyens (3-4ans). Chaque prénom me fait sourire : Christ, Luanna, Gédéony, Mayarah, Gisane, Gaysmarck… Et ici aussi les prénoms américains font des ravages : Kennedy, Wilson, Steve, Steeven… Quant aux noms de famille, ils sont très réduits. Ici il n’y a que des grandes familles ! Ils se nomment tous Elfort (pour les Créoles) ou Dos Santos ou De Deus (pour les Brésiliens) ou Labonté, ou Guiomé (pour les Indiens).
Après toutes les formalités d’usage (j’ai droit à deux séries de photocopies par semaine ! Je n’aurais osé espérer mieux ! Finalement les conditions ne sont pas pires qu’à l’école National !). Chacun va dans sa classe pour l’arranger. Heureusement Michel fait une distribution de matériel : j’ai quelques feutres, crayons, de la peinture et de la colle et un peu de papier. Mais ça me paraît bien pauvre pour une classe maternelle...

Mardi 31 août 1999

Ce sont les trois classes des nouveaux bâtiments (de l’autre côté du chemin) qui font leur rentrée : Fr., T., I. F., Michel et moi sommes là pour leur prêter main forte. J’en profite pour observer comment Fr. s’y prend pour le premier jour. Je la bombarde de questions et elle a l’air assez fière de pouvoir me répondre. Je comprends assez vite qu’avec elle (comme avec beaucoup ici), il vaut mieux que je me fasse toute petite, limite naïve. Ces tempéraments forts ne jugent que par ce qu’ils voient et ont souvent un a priori négatif sur quiconque, jusqu’à ce qu’on fasse ses preuves. Se montrer hautain ou simplement trop sûre de soi risquerait d’en faire une rivale. Or ces caractères m’intéressent trop pour m’en faire des ennemis.
Les enfants arrivent, et l’accueil commence. Je sens I. assez tendue. C’est sa toute première rentrée ; heureusement l’animateur ZEP est là pour lui prêter main forte !
Je suis frappée par cette foule de parents et d’enfants, tous si humbles et paisibles devant nous, les instituteurs. Chacun a fait un effort vestimentaire visible. Les petites filles noires, avec leurs tresses avec des perles de couleur, et leurs robes multicolores à volants, sont adorables. Les Indiens, par contraste, se distinguent par leur pauvreté.
Il y a quelques pleurs et hurlements, mais dans l’ensemble ils sont d’un calme impressionnant. Quelques images m’ont choquée cependant. Une petite indienne dans la classe de Fr., pleurait. Pour qu’elle arrête, son père s’est jeté sur elle et lui a envoyé une volée de baffes si monumentales qu’elle en a saigné du nez. J’ai été la seule à assister au spectacle. J’ai été si choquée que, comme une idiote, ma première réaction n’a pas été d’aller consoler la petite, mais de sortir de la classe avec un air si effaré que l’animateur ZEP est venu me consoler moi ! J’ai vite fait de comprendre pourquoi les petits Indiens sont si sages. Leurs méthodes d’éducation sont pour le moins archaïques. J’ai vu une quantité de mamans poursuivre leurs gamins avec un bambou ou un bâton souple à la main, en leur frappant les jambes pour les dissuader de fuguer hors de l’école. C’était presque comique, d’ailleurs, de voir cette maman cachée avec son bâton, toute la journée, derrière la classe d’I., à fondre sur sa gamine dès qu’elle mettait un pied dehors, en hurlant. Presque comique...
Je croyais avoir assisté à la pire rentrée que je n’avais jamais vue. C’était avant de vivre la mienne…


Mercredi premier septembre 1999

Nous ne cessons d’aménager l’appartement. Et j’ai l’impression de revivre. Je me sens vraiment très bien ici, et la vue est magnifique. J’ai autant de confort qu’en métropole (malgré les douches à l’eau froide, et le téléphone n’est pas encore installé mais ça ne saurait tarder), et même plus car jamais je n’ai eu un appartement aussi grand et avec une vue si fantastique. L’aube et le crépuscule, surtout, sont magiques, quand on voit la brume se dégager de la forêt d’en face ou la nuit y tomber d’un seul coup, avec l’île qu’on distingue au milieu du fleuve, et aussi ces bruits d’oiseaux et d’insectes si inhabituels. En ce moment c’est encore plus beau, lorsqu’on voit les silhouettes d’Indiens qui se lavent ou font leur vaisselle ou tout simplement jouent à plonger dans l’eau. Dans ces moments-là, je sens que je fais des infidélités à Marseille, et que je tombe amoureuse, aussi, de la Guyane.

Jeudi 2 septembre 1999

Ma rentrée ! Heureusement, J., mon ATSEM (la dame qui est là pour aider dans les classes maternelles), est là pour m’aider. Cette femme d’ailleurs, est d’une beauté et d’une élégance frappante. C’est une Saramaca : une ethnie qui provient de plus haut sur le fleuve, mélange de créoles et d’indiens. Son histoire est belle : elle a été amoureuse d’un homme dont elle a eu plusieurs enfants, qui l’a quittée pour une autre femme avec qui il a eu d’autres enfants. Mais récemment, il lui est revenu et ils filent le parfait amour !
Mes petits élèves arrivent ; ils sont vraiment très petits ! Et le déchirement commence. Certains restent complètement fermés, assis sur un banc. Les autres hurlent, pleurent, éructent, se roulent par terre, vomissent, font pipi, caca un peu partout, et se collent à la porte de la classe, qu’on a dû fermer à clé, en criant : « papayo, mamayo ! ! ! ! » (papa, maman, évidemment). Je n’arrive évidemment à rien leur faire faire, à part quelques jeux de cubes. Je tente quelques comptines, mais comme ils ne comprennent pas le français ça ne les passionne que moyennement..
Le soir je suis épuisée et un peu affolée. Je me demande bien comment je vais pouvoir m’y prendre avec eux !...
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Publié dans Clara

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S
Souvenirs des grands espaces de classes, et des cours de récrés fleuries et aérées de la Guadeloupe...<br /> <br /> Oui, Nostalgie de temps en temps aussi... <br /> Idem pour les apparts, jamais autant eu d'espace, et jamais retrouvé, même pas à Marseille, de vue aussi splendide!!! Nan, nan, j'exagère rien...<br /> Merci, merci!!!
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J
Papayoooooo !<br /> Souvenirs, souvenirs... J'y retournerai bien.<br /> <br /> Ìl y a deux ou trois semaines, en attendant à la librairie pour acheter Charlie Hebdo ou Valeurs Actuelles, ne ne sais plus, j'entends devant moi une dame qui recherche un guide sur la Guyane. La libraire n'en avait pas, et seulement un vieux Guide du Routard disponible en commande... Pof, faisant fi de ma timidité légendaire j'engage la discussion en disant que oui, ma bonne dame, c'est bien dommage mais la Guyane n'est pas une destination à la mode, victime de sa mauvaise image d'enfer vert, de bagne etc. Pas de guide touristique à jour, alors que c'est bien plus intéressant à visiter que bronze-cul-sur-mer et blablabla. La dame me demande si je connais etc etc, finalement on discute un moment, elle est pharmacienne et part s'installer à Cayenne dans un mois. Je décide donc de donner une nouvelle vie au vieux Guide Bleu qui s'empoussière dans la bibliothèque, zou aller-retour à la maison et prêt définitif du bouquin à la dame, ravie.<br /> Surprise dans la boîte aux lettre: une carte postale ! "... les gens sont hyper sympas ... paysages à vous couper le souffle .... la nature ... vous pouvez y revenir, elle est toujours belle " Cool !<br /> <br /> <br /> <br />
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A
j'adore, j'espere que tu vas continuer à mettre en ligne la suite.
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