Déclaration
« Allez, viens ! Fais attention à la dame ! Pas trop vite avec la trottinette ! Non ! Regarde, une crotte de chien ! Allez, donne-moi la main, on est en retard ! » Que ces paroles sont douces à mes oreilles… Comme ce timbre est beau, juste, tendu, tenu. « Mais qu’est-ce que tu attends là ? STOOOP le feu rouge ! Donne-moi la main.. Voilà on traverse. Tu peux pas porter ton cartable ? Et ‘quinze’, tu l’écris comment ? Ouh, t’as l’air fatigué. Déjà 8h et quart ! On cavale, les enfants ! Mais non, on est bientôt arrivé ! » Comme j’aime cette silhouette lourde derrière ces deux bambins pleins de vie au rythme parfaitement hétérogènes… Chargée comme un âne de cartables, sacs, ballons, goûters, elle avance sûrement, parfois pique un sprint pour les arrêter, essoufflée , au niveau du passage piétons où, en fait , ils attendent bien sagement. « Ben si, tu vas manger à la cantine aujourd’hui, tu verras c’est pas mauvais ! y’a des pâtes, je crois. Tu me donneras ton cahier orange, j’ai oublié de le signer ! Allez, avance, qu’est-ce que tu fais assis par terre ? Bon viens on fait un petit câlin, mais jusqu’à la moto seulement .. » Moi, le banal célibataire trentenaire musclé brun aux yeux verts qui la vois passer tous les matins, je ne sais comment m’y prendre pour lui déclarer ma flamme… « T’as faim ? Ben c’est un peu tard ! fallait manger tes tartines à la maison ! T’as soif ? Attends un peu ! Je te dis : attends un peu, on arrive ! T’es fatigué ? Je sais, moi aussi… » C’est si beau, cet instinct maternel… Je pense qu’elle ne m’a même jamais remarqué… Elle se meut de toutes façons comme si elle n’était pas libre, le regard ailleurs, loin sur l’horizon, pour éviter que ses enfants ne s’y perdent certainement…
Elle n’est pas ici, elle flotte, et ne me voit pas.