Sans papiers
Nous sommes tous des sans-papiers,
Des sans visa, des sans frontières !
Tous ces concepts qui génèrent
Dans le confort des Assemblées
Des lois cyniques et arbitraires
Contre le faible ou l’opprimé
Ne servent plus qu’à refouler
Les condamnés à la misère
Tout en pouvant laisser entrer
Les bénéfices que génèrent
Leur exploitation éhontée !
Nous sommes tous des sans-papiers,
Des sans visa, des sans frontières !
Le patriote et l’immigré
Se mêleront dans la poussière
Où finiront les préjugés
Fabriqués dans les ministères
Et validé par les préfets !
Plus de papier, visa, frontières
Dès que la mort vient nous chercher
Tous aussi nus qu’à l’arrivée.
C’est une loi universelle
Que celle de la fraternité.
La présomption d’égalité
Pèse assez lourd dans son prétoire
Pour tous nous faire trépasser
Sans différences illusoires !
Nous sommes tous des sans-papiers,
Voilà le fin mot de l’histoire !
Nous sommes tous des sans-papiers,
Des sans visa, des sans frontières.
Si l’homme n’avait pas marché
Vers l’horizon, vers d’autres terres,
Fuyant l’hiver, cherchant l’été,
Où en serait l’Humanité ?
Jusqu’où devons-nous renoncer
Face aux slogans publicitaires,
Qui veulent nous décérébrer,
L’implacable loi du marché,
Et l’ambition démesurée
D’individus dont la carrière
Sera toujours prioritaire
Face à nos vraies priorités ?
Qu’avons-nous donc à protéger
Qui puisse nous être plus cher
Que l’essentielle intégrité
De la notion d’humanité ?
Doit-on pour toujours effacer
Dans la foison des dictionnaires
Les mots d’amour et d’amitiés ?
Nous sommes tous des sans-papiers,
Des sans visa, des sans frontières.
Nos mains sont vides de bannières
Nos cœurs épris de liberté
Nos jambes faites pour marcher
En laissant l’ennemi derrière
A la rencontre de nos frères…
Et rien n’y pourra rien changer !
Si des familles frappent à nos portes
Parce qu’elles ont froid, parce qu’elles ont faim,
Parce qu’elles ont peur de ces cohortes
De fanatiques et d’assassins
A jamais déshumanisées
Par l’indigence ou le pouvoir,
Au nom de quelles lois barbares
Devrions-nous les sacrifier ?
Nous sommes tous des sans-papiers,
Des sans visa, des sans frontières
Que l’on soit né du « bon côté »
Ou de celui de la misère,
Aucun de nous n’a à payer
Le prix du sang aux tortionnaires
Ou de la sueur aux actionnaires !
aucun de nous !
Nous sommes tous des sans-papiers,
Des sans visa, des sans frontières !
Bâtards conscients d’être enfantés
D’une humanité suicidaire,
Nous sommes tous des révoltés !
Et quelques révolutionnaires…
Nous naissons libres et égaux
Et le restons ! Malgré les lois,
Malgré les murs et les étaux
Qui se resserrent sur nos droits
Car nous mourrons sans distinguo
Libres et égaux, quoi qu’il en soit !
Je suis pareille à l’exploité,
Au miséreux, au réfugié,
A l’exploitant, au fonctionnaire,
Au président et au douanier
De toutes nationalités !
Et ma vie ne vaut pas plus cher
Que celle d’Ahmed ou d’Amédée
Qu’il soit mendiant ou financier !
Nous sommes tous des sans-papiers,
Des sans visa, des sans frontières,
Des êtres humains, des presque frères !
Aucun d’entre nous n’est doté
D’une quelconque primauté
Ou d’un droit « extra » ordinaire
Lui permettant de désigner
Qui d’entre nous est destiné
A vivre dans la dignité !
Nous serons toujours réfractaires
A ces doctrines mensongères
Qui nous divisent pour mieux régner !
Si nous avons un avenir
Il ne peut être sans opter
Pour plus de solidarité !
Et tant qu’il nous faudra choisir
Lesquels d’entre nous survivront
De nos taudis, de nos cités
Nos voix partout s’élèveront.
Nous sommes tous des sans-papiers,
Issus de tous les continents
Comme un seul peuple sur la Terre.
Nous apprenons à nos enfants
Qu’ils doivent toujours s’entraider
Et qu’il n’y a pas de frontières
Au peuple de l’Humanité.
Nous sommes tous des sans-papiers,
Des sans visa, des sans frontières.
Et si parfois manquent des noms
Pour faire entendre notre colère
Quand vient le temps des élections,
Il n’y a qu’une vérité :
Nous sommes la majorité.
cm Avril 2007