Le blé en herbe
L'orgueil, il vient de l'adolescence. Enfant, on n'est pas orgueilleux, on est juste égoïste. Je ne sais pas pourquoi parler d'orgueil m'a fait penser au blé en herbe, de Colette, peut-être justement à cause de l'adolescence. Je l'avais lu lorsque j'étais ce qu'on appelle maintenant de façon très moche une préado (une ado en herbe, c'est-à-dire vraiment pas grand-chose). Et j'en avais parlé dans ce que j'appelais mon journal intime (vous moquez pas du style ronflant et claudiquant, hein, j'ai longtemps été très lyrique) :
30 novembre 19quelque chose (bref, j'avais presque 12 ans !)
Je viens de finir "Le blé en herbe" de Colette. Quelle oeuvre merveilleuse ! J'admire cet amour entre Vinca et Phil. Quel réconfortement de lire ces paroles si sensées et qu'en tant qu'adolescente, je comprends malgré n'avoir pas connu l'amour. Je comprends le besoin, le plaisir puis le regret et pourtant encore mélangé avec le plaisir de Phil, je comprends la réaction de Vinca à son égard. Colette sait bien décrire l'adolescence, comme elle la comprend ! Je suis tout heureuse d'avoir lu ce récit si beau.
Du coup j'ai voulu m'y replonger, dans ce roman, pour comprendre ce qui m'avait tant plu. J'ai été effarée de ce qu'on laissait dans les mains d'une gamine de 12 ans ;-)
Vinca rougit, réclama pour elle seule la honte d'aimer, le tourment du corps et de l'âme, et quitta les Ombres Vaines, pour rejoindre Philippe sur un chemin où ils cachaient leur trace et où ils sentaient qu'ils pouvaient périr de porter un butin trop lourd, trop riche et tôt conquis.
Ou encore :
Présente, le péril de la perdre cessait, et l'urgence de la recouvrer ne le tourmentait plus. Mais une comparaison commençait, à cause d'elle. La faculté nouvelle de sentir, de souffrir inopinément, l'intolérance dont l'avait doté une belle pirate, s'enflammaient au moindre choc, et aussi cette loyale injustice, ce début dans l'élévation qui consiste à reprocher au médiocre sa médiocrité et sa philosophie. Il découvrait, non seulement le monde des émotions qu'on nomme, à la légère, physiques, mais encore la nécessité d'embellir, matériellement, un autel où tremble une perfection insuffisante. Il connaissait une naissante faim pour ce qui contente la main, l'oreille et les yeux - les velours, la musique étudiée d'une voix, les parfums. Il ne se le reprochait pas, puisqu'il se sentait meilleur au contact d'un enivrant superflu, et que certain vêtement de soierie orientale, endossé dans l'ombre et le secret de Ker-Anne, lui ennoblissait l'âme.
Ou bien :
De temps en temps, la férocité enfantine se glissait entre eux, miséricordieuse. Ils y puisaient des forces, s'y retrempaient dans une lucidité anachronique, puis se rejetaient vers la folie de leurs aînés...
Qu'on ne s'étonne pas que je sois compliquée, après...
30 novembre 19quelque chose (bref, j'avais presque 12 ans !)
Je viens de finir "Le blé en herbe" de Colette. Quelle oeuvre merveilleuse ! J'admire cet amour entre Vinca et Phil. Quel réconfortement de lire ces paroles si sensées et qu'en tant qu'adolescente, je comprends malgré n'avoir pas connu l'amour. Je comprends le besoin, le plaisir puis le regret et pourtant encore mélangé avec le plaisir de Phil, je comprends la réaction de Vinca à son égard. Colette sait bien décrire l'adolescence, comme elle la comprend ! Je suis tout heureuse d'avoir lu ce récit si beau.
Du coup j'ai voulu m'y replonger, dans ce roman, pour comprendre ce qui m'avait tant plu. J'ai été effarée de ce qu'on laissait dans les mains d'une gamine de 12 ans ;-)
Vinca rougit, réclama pour elle seule la honte d'aimer, le tourment du corps et de l'âme, et quitta les Ombres Vaines, pour rejoindre Philippe sur un chemin où ils cachaient leur trace et où ils sentaient qu'ils pouvaient périr de porter un butin trop lourd, trop riche et tôt conquis.
Ou encore :
Présente, le péril de la perdre cessait, et l'urgence de la recouvrer ne le tourmentait plus. Mais une comparaison commençait, à cause d'elle. La faculté nouvelle de sentir, de souffrir inopinément, l'intolérance dont l'avait doté une belle pirate, s'enflammaient au moindre choc, et aussi cette loyale injustice, ce début dans l'élévation qui consiste à reprocher au médiocre sa médiocrité et sa philosophie. Il découvrait, non seulement le monde des émotions qu'on nomme, à la légère, physiques, mais encore la nécessité d'embellir, matériellement, un autel où tremble une perfection insuffisante. Il connaissait une naissante faim pour ce qui contente la main, l'oreille et les yeux - les velours, la musique étudiée d'une voix, les parfums. Il ne se le reprochait pas, puisqu'il se sentait meilleur au contact d'un enivrant superflu, et que certain vêtement de soierie orientale, endossé dans l'ombre et le secret de Ker-Anne, lui ennoblissait l'âme.
Ou bien :
De temps en temps, la férocité enfantine se glissait entre eux, miséricordieuse. Ils y puisaient des forces, s'y retrempaient dans une lucidité anachronique, puis se rejetaient vers la folie de leurs aînés...
Qu'on ne s'étonne pas que je sois compliquée, après...
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