Le fameux scandale
Je suis arrivée aux thermes avec un peu les jetons, j'avoue. Georges est un gars assez mignon je dois dire, mais quand même vachement flippant, et sur ce coup-là il avait vraiment réussi à me fiche la trouille. Qu'est-ce que ça voulait dire cette phrase énigmatique, là, sur ce que j'allais trouver dans les poches d'Aimé Brioche ? Et comment pouvait-il savoir qu'Aimé se rendrait aux thermes quand j'y serais ? Et surtout comment était-il au courant du contenu des poches d'Aimé ?
Cette affaire prenait une drôle de tournure, plutôt inquiétante.
Mais j'avais pas le choix, c'est m, le grand patron, qui m'oblige à bosser là depuis qu'il s'est offert l'établissement, avec les gains du blog qui fonctionne du feu de dieu.
Et il m'a relancée hier, il m'a dit : allez balance-le ton scandale. Le dir com est en vacances, y'a plus de R.A.N., plus de Ad citation, plus d'humour tendre, c'est la misère, faut réagir !
Alors je suis obligée de vous raconter, sinon i me vire ce pourri.
Je maudis Ad de m'avoir laissée tomber, sur ce coup-là, et même Discret qui l'est encore plus que d'habitude. Je suis seule au monde dans cette boîte hyper glauque, il reste plus que les pires. Staline et ses coups de langue au mollet me manquent...
Mais allez, je vous raconte.
Je m'étais mise en tenue : une blouse de style orientale, à col mao. Ca allait plutôt pas mal avec mes cheveux bleus coupés court, mais j'ai pas trop eu le temps de m'admirer, tout le monde courait partout, tous afollés, y'avait paraît-il un client important, un client pas commode aussi d'après ce qui se murmurait. Et c'est alors que j'ai entendu :
- Epi, il est pour toi, grouille.
J'ai eu le temps de rien répondre, d'façon j'ai l'habitude, dès qu'y a une galère elle est pour moi. J'ai traversé les couloirs aux cloisons de papier de riz, aux ornements ocres et dorés, avec difficulté sur mes sandales en bois surelevées. Une nana m'a indiquée une salle avec une crainte non dissimulée, elle s'est cassée et m'a laissée toute seule devant mon devoir, ma corvée.
J'ai repris mon souffle, d'abord, puis je suis entrée.
Dans une immense baignoire remplie d'eau savonneuse reposait, content de lui, Aimé Brioche. Nu, évidemment. J'ai réprimé une moue de dégoût, on voyait les plis immondes qu'il dissimule d'habitude sous son ample manteau noir. Sa foisonnante broussaille de cheveux lui tombait dans la nuque et sur le visage, jusqu'aux lèvres. Et surtout, surtout, des ondes de crasse s'échappaient de son corps, de ses plis qu'il devait avoir du mal à atteindre dans sa toilette de tous les jours, si tant était qu'il la fît tous les jours. Et moi, mon boulot, c'était de l'aider à se décrasser, l'oindre d'onguents, voire le masser. Boulot de merde.
- Ma ptite Epiphanie, prononça-t-il d'une voix rogommeuse, comme en borborygmes, je souhaiterais...
J'en ai frémi d'avance.
- Je souhaiterais un shampooing d'algues.
Ouf.
- Pas sur la tête.
Ah.
- Va te f...
- M nous entend, nous voit, il est partout, ne l'oublie pas.
Je l'avais oublié. Cet ignoble m avait placé des caméras partout, il ne voulait rien rater de ce qui se passait dans ses thermes.
- Je confirme, je suis là, entendis-je.
C'était m.
Et merde.
- OK, un instant, j'te prie, boule de graisse.
- Rrrrrespect enverrrrrs les clients ! entendis-je à nouveau.
Je marmonnais en me dirigeant vers le petit meuble qui contenait les produits. Ce fut alors que je vis, disposé sur la chaise à côté, le peignoir noir à grosses fleurs d'Aimé l'immonde. Là, tout près de moi, sa poche me narguait.
Je me penchais pour atteindre l'étagère des shampooings, et dans le même mouvement j'ai glissé ma main dans la poche de droite. Rien. J'ai fait mine de chercher au fond du meuble, et d'entraîner avec moi l'étoffe du peignoir comme par inadvertance. J'ai alors pu fouiller la poche gauche.
J'ai senti quelque chose. La curiosité était trop forte pour que j'attende davantage. J'ai sorti promptement l'objet en question.
- Alors ? s'impatientait Aimé.
- Minute papillon, je cherche celui aux algues...
C'était un papier plié en six, usé et corné. Je le dépliai rapidement, et ce que j'y lus me cloua sur place. La stupeur passée, je me levai et dressai le poing vers le ciel en hurlant :
- M, comment as-tu pu me cacher ça, sale ordure ?
Les larmes inondaient mes joues pendant qu'Aimé me jetait un regard trouble. Je jetai la feuille à terre, elle ne tarda pas à s'imbiber d'humidité. Puis je m'enfuis.
Je savais que bientôt les mots allaient se noyer dans l'eau, mais je les garderais toujours en mémoire. Ils résonnaient encore en moi, mais combien de temps cela allait-il durer ? Quand allais-je me noyer aussi, m'effacer ? Qui étais-je ? Que se passait-il réellement dans cette boîte de merde ?
Ces mots qui tournoyaient dans mon esprit, pendant que je courais je ne savais encore où, étaient ceux-là :
Epiphanie, nous avons tout fait pour que tu le découvres, j'espère que cette fois-ci ça marchera. Il est grand temps que tu te rendes compte, ma ptite Fanny, que tu n'existes pas vraiment. Tu es le fruit d'une imagination malade, ma pauv'fille. Comme nous tous. Tu es notre soeur, en quelque sorte. A toi de voir comment réagir à ça.
Signé : Georges, Discret, Aimé, Staline...
Cette affaire prenait une drôle de tournure, plutôt inquiétante.
Mais j'avais pas le choix, c'est m, le grand patron, qui m'oblige à bosser là depuis qu'il s'est offert l'établissement, avec les gains du blog qui fonctionne du feu de dieu.
Et il m'a relancée hier, il m'a dit : allez balance-le ton scandale. Le dir com est en vacances, y'a plus de R.A.N., plus de Ad citation, plus d'humour tendre, c'est la misère, faut réagir !
Alors je suis obligée de vous raconter, sinon i me vire ce pourri.
Je maudis Ad de m'avoir laissée tomber, sur ce coup-là, et même Discret qui l'est encore plus que d'habitude. Je suis seule au monde dans cette boîte hyper glauque, il reste plus que les pires. Staline et ses coups de langue au mollet me manquent...
Mais allez, je vous raconte.
Je m'étais mise en tenue : une blouse de style orientale, à col mao. Ca allait plutôt pas mal avec mes cheveux bleus coupés court, mais j'ai pas trop eu le temps de m'admirer, tout le monde courait partout, tous afollés, y'avait paraît-il un client important, un client pas commode aussi d'après ce qui se murmurait. Et c'est alors que j'ai entendu :
- Epi, il est pour toi, grouille.
J'ai eu le temps de rien répondre, d'façon j'ai l'habitude, dès qu'y a une galère elle est pour moi. J'ai traversé les couloirs aux cloisons de papier de riz, aux ornements ocres et dorés, avec difficulté sur mes sandales en bois surelevées. Une nana m'a indiquée une salle avec une crainte non dissimulée, elle s'est cassée et m'a laissée toute seule devant mon devoir, ma corvée.
J'ai repris mon souffle, d'abord, puis je suis entrée.
Dans une immense baignoire remplie d'eau savonneuse reposait, content de lui, Aimé Brioche. Nu, évidemment. J'ai réprimé une moue de dégoût, on voyait les plis immondes qu'il dissimule d'habitude sous son ample manteau noir. Sa foisonnante broussaille de cheveux lui tombait dans la nuque et sur le visage, jusqu'aux lèvres. Et surtout, surtout, des ondes de crasse s'échappaient de son corps, de ses plis qu'il devait avoir du mal à atteindre dans sa toilette de tous les jours, si tant était qu'il la fît tous les jours. Et moi, mon boulot, c'était de l'aider à se décrasser, l'oindre d'onguents, voire le masser. Boulot de merde.
- Ma ptite Epiphanie, prononça-t-il d'une voix rogommeuse, comme en borborygmes, je souhaiterais...
J'en ai frémi d'avance.
- Je souhaiterais un shampooing d'algues.
Ouf.
- Pas sur la tête.
Ah.
- Va te f...
- M nous entend, nous voit, il est partout, ne l'oublie pas.
Je l'avais oublié. Cet ignoble m avait placé des caméras partout, il ne voulait rien rater de ce qui se passait dans ses thermes.
- Je confirme, je suis là, entendis-je.
C'était m.
Et merde.
- OK, un instant, j'te prie, boule de graisse.
- Rrrrrespect enverrrrrs les clients ! entendis-je à nouveau.
Je marmonnais en me dirigeant vers le petit meuble qui contenait les produits. Ce fut alors que je vis, disposé sur la chaise à côté, le peignoir noir à grosses fleurs d'Aimé l'immonde. Là, tout près de moi, sa poche me narguait.
Je me penchais pour atteindre l'étagère des shampooings, et dans le même mouvement j'ai glissé ma main dans la poche de droite. Rien. J'ai fait mine de chercher au fond du meuble, et d'entraîner avec moi l'étoffe du peignoir comme par inadvertance. J'ai alors pu fouiller la poche gauche.
J'ai senti quelque chose. La curiosité était trop forte pour que j'attende davantage. J'ai sorti promptement l'objet en question.
- Alors ? s'impatientait Aimé.
- Minute papillon, je cherche celui aux algues...
C'était un papier plié en six, usé et corné. Je le dépliai rapidement, et ce que j'y lus me cloua sur place. La stupeur passée, je me levai et dressai le poing vers le ciel en hurlant :
- M, comment as-tu pu me cacher ça, sale ordure ?
Les larmes inondaient mes joues pendant qu'Aimé me jetait un regard trouble. Je jetai la feuille à terre, elle ne tarda pas à s'imbiber d'humidité. Puis je m'enfuis.
Je savais que bientôt les mots allaient se noyer dans l'eau, mais je les garderais toujours en mémoire. Ils résonnaient encore en moi, mais combien de temps cela allait-il durer ? Quand allais-je me noyer aussi, m'effacer ? Qui étais-je ? Que se passait-il réellement dans cette boîte de merde ?
Ces mots qui tournoyaient dans mon esprit, pendant que je courais je ne savais encore où, étaient ceux-là :
Epiphanie, nous avons tout fait pour que tu le découvres, j'espère que cette fois-ci ça marchera. Il est grand temps que tu te rendes compte, ma ptite Fanny, que tu n'existes pas vraiment. Tu es le fruit d'une imagination malade, ma pauv'fille. Comme nous tous. Tu es notre soeur, en quelque sorte. A toi de voir comment réagir à ça.
Signé : Georges, Discret, Aimé, Staline...
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