Char, Braque, Miro, bleu...

Je crois qu'Epiphanie est un peu trop éparpillée pour répondre elle-même à Precy. Je ne sais pas bien ce qui lui est arrivée, mais elle m'a glissé dans l'oreille, avant, de se disperser, ces deux mots : René Char.
J'en déduis qu'on doit trouver quelques pilules bleues dans les poches du dénommé René Char.
J'y ai vu un peu de poudre disséminée, pour ma part, entre les pages du long poème Lettera Amorosa.
Page 655 du volume de la Pléiade :
" Amants qui n'êtes qu'à vous mêmes, aux rues, aux bois et à la poésie : couples aux prises avec tout le risque, dans l'absence, dans le retour, mais aussi dans le temps brutal ; dans ce poème il n'est question que de vous.
Parfois j'imagine qu'il serait bon de se noyer à la surface d'un étang où nulle barque ne s'aventurerait. Ensuite, ressusciter dans le courant d'un vrai torrent où tes couleurs bouillonneraient.
Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s'élancer et de se joindre. Notre voix court de l'un à l'autre ; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré la tire à lui, la retient, l'interroge. Tout est prétexte à la ralentir.
Souvent, je ne parle que pour toi, afin que la terre m'oublie.
Ce n'est pas simple de rester hissé sur la vague du courage quand on suit du regard quelque oiseau volant au déclin du jour.
Lettera amorosa. René Char
Illustrations de Georges Braque
(Char a aussi travaillé avec un certain Miro...)