Silhouettes
Le printemps et le cri des martinets ont déchiré l'air d'un coup d'un seul.
Mes journées plus claires et plus longues sont le creuset d'images plus nettes. Ces temps-ci je vis mon pointillisme dans les pointillés, et non dans l'espace entre eux, ni dans un lien qui serait fait entre eux.
Le jour se ponctue d'images, d'objets et de sensations furtifs comme un vol de chauve-souris happée du regard dans un ciel vécu, lui, en une déferlante très fluide de points nommés.
Cela commence le matin par, je le disais, le cri des martinets, suivi de près par celui de mon fils adoré quoiqu'un peu haï ces temps-ci, mais c'est le propre, m'a-t-on dit, de l'amour forcené. Puis c'est la couleur d'une longue chevelure dorée, celle de ma princesse et fée, aux moues et postures aussi tragiques que si elle avait ouvert la porte interdite de la pièce de Barbe Bleue soigneusement gardée, quoique parut-il sa barbe fut brune, mais avec les mythes il faut savoir irraison garder.
Le jour en surimpression estompe les images d'un film vu la veille, ou celles d'un blog bien-aimé, dans lesquelles j'aime longtemps me vautrer.
Un jeune carriériste drolatique passe furtivement , il s'est levé tard, il est pressé.
La porte s'est refermée.
Un peu plus tard, c'est l'enivrante sensation d'air printanier sur mes jambes et mes bras nus, cela faisait longtemps, je trouve ça merveilleux ce moment de l'année.
Plus tard, l'image la plus marquante, je l'attrape dans ma voiture, bulle métallique et chérie - j'adore les temps de transport, instants de quiétude volés -. Il s'agit, sur le bord de la route, d'une chaise inoccupée. Elle est vieille et raccomodée au scotch brun et laid. Je sais qui elle attend.
Travail.
Puis un parc. Image d'un grand arbre penché, cela n'enlève rien à sa force. Il s'élance vers le ciel dans une trajectoire originale. Il est beau.
Mots.
Ma convoitise comique, mon voeu glacé : saisir ta tête comme un rapace à flanc d'abîme. Je t'avais, maintes fois, tenue sous la pluie des falaises, comme un faucon encapuchonné.
Rêves et mots qui emplissent le coeur de soleil, comme s'il n'y en avait pas assez.
Sourires au monde.
Pensées bleues.
Les iris ont la forme de corps d'enfants. Fabuleux iris.
Qui a parlé de Matisse, récemment ? Pensées de silhouettes dansantes en papier déchiré, collé, couleurs franches.
Puis retravail.
Coups de fil, parler à des gens.
Café.
Travail.
Retour dans la bulle mécanique, d'un pied léger. Au printemps tout me semble léger. Vitre ouverte, cheveux au vent, humer la vie semée, ensuite éclose.
Même route dans l'autre sens.
La chaise.
Sur la chaise, elle est là, comme toutes les autres.
La route que j'emprunte le soir est escortée de silhouettes plus nombreuses au printemps venu. Je me dis c'est bien, elles ont moins froid maintenant. La différence, c'est que leurs longs cheveux sont attachés. Relevés en chignon sur la nuque, on dirait des jeunes filles qui attendraient leur petit copain pour se rendre à la faculté. Tout simplement. Mais ce n'est pas tout simplement. Elles arpentent la pelouse qui borde la route, parfois je les vois qui me regardent. C'est de bonne guerre, c'est moi qui les regarde le plus souvent, tout le monde les regarde, c'est fait pour. Mais quand elles me regardent moi, c'est troublant. Que pensent-elles de moi ? Me méprisent-elles ? M'envient-elles ? Peut-être que je les laisse indifférentes ? Non, je ne crois pas.
Puis ce sont les bras potelés de mon amour forcené. Puis les longs cheveux dorés et virevoltants. Puis l'homme, fatigué.
Le soir venu, les martinets crient à nouveau. Par la fenêtre, je les imagine sans les voir. On ne peut pas toujours tout voir.

Mais si on regarde bien, les iris ressemblent à des fleurs ;-)
Mes journées plus claires et plus longues sont le creuset d'images plus nettes. Ces temps-ci je vis mon pointillisme dans les pointillés, et non dans l'espace entre eux, ni dans un lien qui serait fait entre eux.
Le jour se ponctue d'images, d'objets et de sensations furtifs comme un vol de chauve-souris happée du regard dans un ciel vécu, lui, en une déferlante très fluide de points nommés.
Cela commence le matin par, je le disais, le cri des martinets, suivi de près par celui de mon fils adoré quoiqu'un peu haï ces temps-ci, mais c'est le propre, m'a-t-on dit, de l'amour forcené. Puis c'est la couleur d'une longue chevelure dorée, celle de ma princesse et fée, aux moues et postures aussi tragiques que si elle avait ouvert la porte interdite de la pièce de Barbe Bleue soigneusement gardée, quoique parut-il sa barbe fut brune, mais avec les mythes il faut savoir irraison garder.
Le jour en surimpression estompe les images d'un film vu la veille, ou celles d'un blog bien-aimé, dans lesquelles j'aime longtemps me vautrer.
Un jeune carriériste drolatique passe furtivement , il s'est levé tard, il est pressé.
La porte s'est refermée.
Un peu plus tard, c'est l'enivrante sensation d'air printanier sur mes jambes et mes bras nus, cela faisait longtemps, je trouve ça merveilleux ce moment de l'année.
Plus tard, l'image la plus marquante, je l'attrape dans ma voiture, bulle métallique et chérie - j'adore les temps de transport, instants de quiétude volés -. Il s'agit, sur le bord de la route, d'une chaise inoccupée. Elle est vieille et raccomodée au scotch brun et laid. Je sais qui elle attend.
Travail.
Puis un parc. Image d'un grand arbre penché, cela n'enlève rien à sa force. Il s'élance vers le ciel dans une trajectoire originale. Il est beau.
Mots.
Ma convoitise comique, mon voeu glacé : saisir ta tête comme un rapace à flanc d'abîme. Je t'avais, maintes fois, tenue sous la pluie des falaises, comme un faucon encapuchonné.
Rêves et mots qui emplissent le coeur de soleil, comme s'il n'y en avait pas assez.
Sourires au monde.
Pensées bleues.
Les iris ont la forme de corps d'enfants. Fabuleux iris.
Qui a parlé de Matisse, récemment ? Pensées de silhouettes dansantes en papier déchiré, collé, couleurs franches.
Puis retravail.
Coups de fil, parler à des gens.
Café.
Travail.
Retour dans la bulle mécanique, d'un pied léger. Au printemps tout me semble léger. Vitre ouverte, cheveux au vent, humer la vie semée, ensuite éclose.
Même route dans l'autre sens.
La chaise.
Sur la chaise, elle est là, comme toutes les autres.
La route que j'emprunte le soir est escortée de silhouettes plus nombreuses au printemps venu. Je me dis c'est bien, elles ont moins froid maintenant. La différence, c'est que leurs longs cheveux sont attachés. Relevés en chignon sur la nuque, on dirait des jeunes filles qui attendraient leur petit copain pour se rendre à la faculté. Tout simplement. Mais ce n'est pas tout simplement. Elles arpentent la pelouse qui borde la route, parfois je les vois qui me regardent. C'est de bonne guerre, c'est moi qui les regarde le plus souvent, tout le monde les regarde, c'est fait pour. Mais quand elles me regardent moi, c'est troublant. Que pensent-elles de moi ? Me méprisent-elles ? M'envient-elles ? Peut-être que je les laisse indifférentes ? Non, je ne crois pas.
Puis ce sont les bras potelés de mon amour forcené. Puis les longs cheveux dorés et virevoltants. Puis l'homme, fatigué.
Le soir venu, les martinets crient à nouveau. Par la fenêtre, je les imagine sans les voir. On ne peut pas toujours tout voir.

Mais si on regarde bien, les iris ressemblent à des fleurs ;-)
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