Pour rassembler Epiphanie
Révélation dans la lumière : l'inépuisable richesse du réel se manifeste (au sens étymologique) comme le repérage d'instants esthétiques (de personnages ?) ouvrant à autant d'extases mystiques, (panthéistes ?)
"Rappelez-vous vos épiphanies sur papier vert de forme ovale,
spéculations insondables, exemplaires à envoyer en cas de mort
à toutes les grandes bibliothèques du monde, y compris l'Alexandrine ?"
(Ulysse, Joyce)
"Il ferma les yeux dans une langueur ensommeillée. Ses paupières tremblaient comme si elles eussent senti l'immense mouvement cyclique de la terre et de ses veilleurs, comme si elles eussent senti l'étrange lumière de quelque monde nouveau. Son âme s'évanouissait dans un monde nouveau, fantastique, trouble, incertain comme une région sous-marine, traversé par des hommes et des êtres nébuleux. Etait-ce un monde, une clarté, une fleur ? Brillant et tremblant, tremblant et se dépliant, lumière naissante, fleur qui s'ouvre, cela se développait se succédant sans cesse à soi-même, éclatant en pourpre absolue, se succédant et se décolorant jusqu'aux extrêmes pâleurs de rose, pétale par pétale, onde de lumière par onde de lumière, noyant les cieux tout entiers de ses lueurs délicates, de plus en plus intenses."
(Dedalus, Joyce)
C'est sûrement ce qu'on sent de l'article d'Epiphanie (texte et image) et de sa dispersion dans quelque chose comme le chatoiement des couleurs, cette possibilité, cette volonté de ne pas se rassembler, de laisser l'être sans sa fiction de caractère ou son principe de non-contradiction.
Penser que tout cela serait aussi comme la révélation de la musique comme celle (silencieuse, infinie) des sphères, qui viendrait contr'effectuer la puissance de l'image.
L'être rassemblé dans la dispersion et la possibilité d'une image, même le langage sans syntaxe, même cet éparpillement pourrait tenir à cette possibilité, celle d'une image en train de se faire, en train de se créer ; de ce monde neuf. Sans âge, et neuf et aussi incertain qu'un autre continent et la possibilité de le rejoindre. Que la vision et l'écoute deviennent la possibilité d'un monde - "même sans ailes, on peut" -, y arriver comme cela, du passage d'un isthme, d'une carte, d'un paysage à l'autre.
L'écriture, la possibilité de déposer cela en un ensemble de signes ou le travail de la voix, ne serait plus alors justifiée par le désir d'elle-même, mais par la révélation et la création de ce monde nouveau, toujours en train de se faire, d'évoluer (involuer ?) vers d'autres formes, d'autres personnages.
Ainsi d'Epiphanie, tenue par sa capacité de dispersion et de possibilité de retour au sein d'un ordre esthétique nouveau, ce qu'on dit des auteurs qui se perdent dans leur propre création. A savoir, comme disait Nietzsche, si tout auteur ne cherche pas cela, l'absence d'écart entre sa vision et le monde, entre le monde et la vision. La folie serait rejoindre, - la folie comme processus, comme création, comme départ (comme s'il y avait une emprise de la folie vers elle-même, un désir d'elle-même, jusqu'à la plénitude (pas du tout une absence)) un ordre nouveau, monde rédimé, clarté et silence et les derniers poèmes et le récit de la vie, d'Hölderlin, après.
La culture, ou la création d'un monde foisonnant et spirituel viendrait de la convenance et de l'adaptation de chacun, jusque dans le moindre objet de la vie quotidienne, à ce monde, cet ordre toujours renouvelé - monde de la parole et terme perdu ne pouvant plus être employé que négativement, pour en expiquer ici l'irrémédiable perte - de la communauté.
Monde flottant, mondes-tentures, mondes-plis, fragile et naissant et hésitant entre la possibilté allotrope de mille couleurs, et si on le regarde comme ça, d'un monde à l'autre aussi (d'un lieu à l'autre), d'un ordre à l'autre dans sa puissance de passage (tous les mondes animaux, tous les mondes - qu'on pense aux lumières, au bruissement des feuillages, aux gestes... toute la beauté entrevue...) il semble bien qu'il y ait en nous tant de possibilté de Voir, hors l'éducation de perception (la cage) reçue en héritage. Bouleversement des mondes.
Alors des passeurs, des personnages, des cosmogonies, ce qu'on disait de l'Afrique avec Ad, comme berceau du monde :
"L'aveugle avait relevé la tête, qu'il tenait presque toujours penchée vers le sol. Comment expliquer ces formes géométriques, ces degrés, ces dimensions précises ? L'Européen avait d'abord cru comprendre qu'il s'agissait d'abord d'un haut prisme flanqué de quatre escaliers en croix ; il revenait constamment à cette forme qu'il voulait saisir et son interlocuteur, sans impatience, perdu dans ses ténèbres, tâtonnait de nouvelles précisions.
Enfin, une sorte de sourire débrida la face ravagée : Ogotemmêli avait trouvé. se penchant dans le corps de sa maison, presque allongé sur le dos, il chercha parmi les objets qui crissaient, sonnaient creux, raclaient le sol sous sa main. Ses genoux maigres et ses pieds accrochés à la roche de la cour restaient seuls de lui dans l'embrasure. le reste disparaissait dans l'ombre. La haute facade était comme un énorme visage appuyé par la bouche sur deux tibias minuscules.
Après quelques arrachements, une chose sortit du tréfonds et vint s'encadrer dans le chambranle. C'était une vannerie noircie par les poussières et les suies de l'intérieur, un panier d'entrée ronde et de fond carré, défoncé, égueulé, une proie pour la misère.
La chose se déposa devant la porte en perdant quelques tigelles et l'aveugle réapparut en entier, la main sur l'exemple récalcitrant.
- Il ne sert plus qu'à enfermer les poulets, dit-il.
Et passant lentement les mains sur ces décombres, il expliqua le système du monde."
(Dieu d'eau, Marcel Griaule)
(Marcel Griaule avait été si frappé par la richesse et la complexité si ordonnée des conceptions qui venait de lui être révélées qu'il aurait souhaité leur donner une diffusion comparable à celle des mythologies antiques. Il voulait aussi, tout en réhabilitant les cultures africaines, trop peu connues ou même méprisées, rendre hommage au vieil homme (Ogotemmêli - du peuple Dogon) qui avait eu le premier le courage de révéler au monde blanc "une cosmogonie aussi riche que celle d'Hésiode" et, de sucroît, vivante.)
"Rappelez-vous vos épiphanies sur papier vert de forme ovale,
spéculations insondables, exemplaires à envoyer en cas de mort
à toutes les grandes bibliothèques du monde, y compris l'Alexandrine ?"
(Ulysse, Joyce)
"Il ferma les yeux dans une langueur ensommeillée. Ses paupières tremblaient comme si elles eussent senti l'immense mouvement cyclique de la terre et de ses veilleurs, comme si elles eussent senti l'étrange lumière de quelque monde nouveau. Son âme s'évanouissait dans un monde nouveau, fantastique, trouble, incertain comme une région sous-marine, traversé par des hommes et des êtres nébuleux. Etait-ce un monde, une clarté, une fleur ? Brillant et tremblant, tremblant et se dépliant, lumière naissante, fleur qui s'ouvre, cela se développait se succédant sans cesse à soi-même, éclatant en pourpre absolue, se succédant et se décolorant jusqu'aux extrêmes pâleurs de rose, pétale par pétale, onde de lumière par onde de lumière, noyant les cieux tout entiers de ses lueurs délicates, de plus en plus intenses."
(Dedalus, Joyce)
C'est sûrement ce qu'on sent de l'article d'Epiphanie (texte et image) et de sa dispersion dans quelque chose comme le chatoiement des couleurs, cette possibilité, cette volonté de ne pas se rassembler, de laisser l'être sans sa fiction de caractère ou son principe de non-contradiction.
Penser que tout cela serait aussi comme la révélation de la musique comme celle (silencieuse, infinie) des sphères, qui viendrait contr'effectuer la puissance de l'image.
L'être rassemblé dans la dispersion et la possibilité d'une image, même le langage sans syntaxe, même cet éparpillement pourrait tenir à cette possibilité, celle d'une image en train de se faire, en train de se créer ; de ce monde neuf. Sans âge, et neuf et aussi incertain qu'un autre continent et la possibilité de le rejoindre. Que la vision et l'écoute deviennent la possibilité d'un monde - "même sans ailes, on peut" -, y arriver comme cela, du passage d'un isthme, d'une carte, d'un paysage à l'autre.
L'écriture, la possibilité de déposer cela en un ensemble de signes ou le travail de la voix, ne serait plus alors justifiée par le désir d'elle-même, mais par la révélation et la création de ce monde nouveau, toujours en train de se faire, d'évoluer (involuer ?) vers d'autres formes, d'autres personnages.
Ainsi d'Epiphanie, tenue par sa capacité de dispersion et de possibilité de retour au sein d'un ordre esthétique nouveau, ce qu'on dit des auteurs qui se perdent dans leur propre création. A savoir, comme disait Nietzsche, si tout auteur ne cherche pas cela, l'absence d'écart entre sa vision et le monde, entre le monde et la vision. La folie serait rejoindre, - la folie comme processus, comme création, comme départ (comme s'il y avait une emprise de la folie vers elle-même, un désir d'elle-même, jusqu'à la plénitude (pas du tout une absence)) un ordre nouveau, monde rédimé, clarté et silence et les derniers poèmes et le récit de la vie, d'Hölderlin, après.
La culture, ou la création d'un monde foisonnant et spirituel viendrait de la convenance et de l'adaptation de chacun, jusque dans le moindre objet de la vie quotidienne, à ce monde, cet ordre toujours renouvelé - monde de la parole et terme perdu ne pouvant plus être employé que négativement, pour en expiquer ici l'irrémédiable perte - de la communauté.
Monde flottant, mondes-tentures, mondes-plis, fragile et naissant et hésitant entre la possibilté allotrope de mille couleurs, et si on le regarde comme ça, d'un monde à l'autre aussi (d'un lieu à l'autre), d'un ordre à l'autre dans sa puissance de passage (tous les mondes animaux, tous les mondes - qu'on pense aux lumières, au bruissement des feuillages, aux gestes... toute la beauté entrevue...) il semble bien qu'il y ait en nous tant de possibilté de Voir, hors l'éducation de perception (la cage) reçue en héritage. Bouleversement des mondes.
Alors des passeurs, des personnages, des cosmogonies, ce qu'on disait de l'Afrique avec Ad, comme berceau du monde :
"L'aveugle avait relevé la tête, qu'il tenait presque toujours penchée vers le sol. Comment expliquer ces formes géométriques, ces degrés, ces dimensions précises ? L'Européen avait d'abord cru comprendre qu'il s'agissait d'abord d'un haut prisme flanqué de quatre escaliers en croix ; il revenait constamment à cette forme qu'il voulait saisir et son interlocuteur, sans impatience, perdu dans ses ténèbres, tâtonnait de nouvelles précisions.
Enfin, une sorte de sourire débrida la face ravagée : Ogotemmêli avait trouvé. se penchant dans le corps de sa maison, presque allongé sur le dos, il chercha parmi les objets qui crissaient, sonnaient creux, raclaient le sol sous sa main. Ses genoux maigres et ses pieds accrochés à la roche de la cour restaient seuls de lui dans l'embrasure. le reste disparaissait dans l'ombre. La haute facade était comme un énorme visage appuyé par la bouche sur deux tibias minuscules.
Après quelques arrachements, une chose sortit du tréfonds et vint s'encadrer dans le chambranle. C'était une vannerie noircie par les poussières et les suies de l'intérieur, un panier d'entrée ronde et de fond carré, défoncé, égueulé, une proie pour la misère.
La chose se déposa devant la porte en perdant quelques tigelles et l'aveugle réapparut en entier, la main sur l'exemple récalcitrant.
- Il ne sert plus qu'à enfermer les poulets, dit-il.
Et passant lentement les mains sur ces décombres, il expliqua le système du monde."
(Dieu d'eau, Marcel Griaule)
(Marcel Griaule avait été si frappé par la richesse et la complexité si ordonnée des conceptions qui venait de lui être révélées qu'il aurait souhaité leur donner une diffusion comparable à celle des mythologies antiques. Il voulait aussi, tout en réhabilitant les cultures africaines, trop peu connues ou même méprisées, rendre hommage au vieil homme (Ogotemmêli - du peuple Dogon) qui avait eu le premier le courage de révéler au monde blanc "une cosmogonie aussi riche que celle d'Hésiode" et, de sucroît, vivante.)
Publicité