Douceur matinale

Publié le par Clara

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Cela peut commencer en douceur.
J'ai de la chance, je n'ai pas à me lever très tôt. C'est à 7h00. L'homme est déjà parti.
En général, je peux savourer un moment de sérénité, à préparer mon café tout en écoutant les dernières nouvelle du monde. Que s'est-il passé pendant que je dormais ? Ce moment béni dure à peu près 7 minutes 30, au bout desquelles mon petit bonhomme de presque 3 ans, qu'on va appeler Ange -prénom que j'aime ces temps-ci- pointe son nez endormi. Rituel : il fonce dans mes bras pour le gros câlin du matin, avant de quémander : colat chaud ! Colat chaud ! Je le pose sur le canapé -à peu près blanc, puis je prépare donc le bib de chocolat chaud. Bruit du micro-ondes, recherche de tétine introuvable, poudre de chocolat partout, puis bib arrivé à destination dans les bras tendus du plus-tout-à-fait-bébé qui en rigole de contentement. Quelques gouttes de chocolat chaud supplémentaires sur le canapé blanc.
Il sirote. Deuxième moment de sérénité pendant lequel je sirote moi aussi mon café, et grignote mes céréales. Je suis hyper maniaque question céréales, il faut qu'elles soient mélangées à des feuilles fines de chocolat, et pas du leader price siouplait, c'est pas bon. Bon évidemment si par un bonheur rare il y a des pains au raisins, alors là, pains au raisins, pas d'hésitation, hein. Comment ça je suis aussi exigeante que mon fils ? Moment de sérénité exigeante, donc, qui dure 5 minutes 25. Ma fille chérie de 6 ans, qu'on va appeler Boucle d'or, émerge à son tour.
- Tu viens me faire un bisou ma chérie ?
- Non, je t'en ai déjà fait un hier.
Boooonnnn... Boucle d'Or file vers la télécommande, pendant qu'Ange réclame un deuxième bib, ce que j'ignore, je ne l'entends même pas. Je dis pour la forme : non, pas déjà la télé, ma puce, déjeune d'abord. Elle ne répond pas, va chercher de quoi petit-déjeuner puis allume la télé. Je décide de ne pas faire preuve d'autorité aujourd'hui. Et puis ça me laisse l'opportunité de regarder le blog, en finissant mon bol de café. Il arrive que je poste un article à ce moment-là. Ce n'est pourtant jamais une chose à faire. Lorsque je lève les yeux vers la pendule, je suis en général assez en retard. Assez beaucoup je dirais. Du coup je m'énerve : Boucle d'Or, finis de manger, habille-toi !
- Après ce dessin animé, là.
- Non, tout de suite !
Je préfère ne pas vérifier si elle m'écoute ou pas et je file dans la salle de bains. C'est sous la douche que j'entends les premiers cris, en général. C'est Ange qui a décidé de filer des coups de pieds à Boucle d'Or, qui réplique en lui tirant les cheveux. Je me précipite hors de la douche en pensant très fort que je ne dois pas m'énerver. Je me dis : que ferait Lolo, la grande Lolo, dans un moment pareil ? Illumination :
- Boucle d'Or, tu frappes Ange pendant dix minutes, ensuite c'est son tour ! Heu, non, c'est pas ça. Ange, tu...
- Maman, je t'ai déjà dit que t'étais belle ?
Une tactique rusée et séculaire, mais je tombe dans le panneau volontiers.
- Merci ma chérie, s'il te plaît ma puce lâche les cheveux de ton frère et va t'habiller.
- Oui maman.
Ange hurle, mais Boucle D'or s'en défait. Pendant ce temps je me sèche les cheveux, m'habille, descends, et m'empare de Ange toujours hurlant. On doit partir dans 3 minutes 15.
Il est encore en pyjama, la couche pleine et odorante. Ange porté à bout de bras, gesticulant bruyamment, je rafraîchis quand même la page d'ici et d'ailleurs, on sait jamais, des fois qu'un autre blogueur malade soit aussi accro que moi dès le matin. Ange parvient à m'agripper la joue, qu'il serre le plus fort possible, je le détache, puis l'allonge sur le canapé comme je peux. J'ai oublié couche et lingettes. Finalement on va dans la chambre où se trouve tout le bazar. Je l'allonge de force, il me donne des coups de pieds dans la figure, Boucle d'Or se met à pleurer devant le miroir, brosse à cheveux à la main :
- Jeeee suuuuiiiiis paaaaaas beeeeeelleeee....
- Mais si ma chérie, tu es très belle.
J'essaie de rester calme pendant que Ange me laboure le ventre, et que j'essaie de lui ôter le caca collant des fesses.
- Mais pourquoi tu me réponds pas geeeennnntiiiiimeeeennnt ?
- Mais je te réponds trèèèèès gentiment, très très gentiment, dépêche-toi de te démêler les cheveux.
- Tu vois tu me grondes, Ange tu lui parles toujours plus gentiment et pas à moi.
Je donne une fessée à Ange pour qu'il reste tranquille. Bizarrement, ça ne marche pas et maintenant il hurle. J'essaie de lui remettre une couche. On aurait dû partir maintenant, je le sais j'entends le générique de fin de Didou, c'est le signal.
- Moi tout seul, moi tout seul, décide le démon pendant qu'il enfile le tee-shirt par les jambes. Je décide donc de m'occuper des problèmes existentiels de ma fille.
- Donne-moi cette brosse tout de suite, c'est moi qui le fais.
Je peux faire preuve d'énormément de psychologie, quand je veux.
- Mais tu me fais mal ! Et cette mèche elle doit être de ce côté, et fais-moi une queue de cheval.
- Ai peur, ai peur ! pleure Ange.
Il se cogne dans le lit, le tee-shirt coincé sur la tête. Je lâche les boucles d'or pour délivrer Ange, et je profite de sa panique pour lui enfiler pantalon et tee-shirt d'un coup. Trop fière de moi. Mais il enlève le pantalon en répétant : non, moi tout seul. Zen. On aurait dû partir il y a 10 minutes. Je fais la queue de cheval, avec beaucoup de soin. Une fois finie, Boucle d'or enlève tout en pleurant :
- Ca va pas, je suis pas belle !
Bien. J'inspire, j'expire, et je lui prends les bras en la regardant dans les yeux :
- Ma puce, tu es très très très jolie. Et puis ce qui compte c'est que tu sois belle dans ta tête et dans ton coeur.
Je me souviens pourtant que quand on me disait ça à l'adolescence, je le prenais hyper mal, je traduisais : t'es moche ma fille, faut t'y faire, développe tes autres qualités. Bon là elle n'a que 6 ans, Boucle d'Or, elle n'a pas encore l'esprit aussi tordu. Elle pleure toujours, pas convaincue pour autant, mais au moins elle ne m'envoie pas encore balader. Je jette un coup d'oeil effaré sur Ange : son pantalon est à l'envers. Tant pis, je lui mets chaussettes et chaussures. Hop gilets, cheveux en bataille, soupe à la grimace, cartable sur le dos (le mien de dos), sac de crèche, sac avec documents de travail, toute la table du petit-déj encore en vrac, et tous dans l'escalier.
- Attends, 'oiture ! se rappelle Ange à la dixième marche.
- Oh non Ange, laisse tomber, descends...
- Ma 'oooooiiiiituuuuureeee ! braille-t-il.
- OK OK...
Je remonte, chargée comme un mulet, je réouvre la porte, Ange remonte, farfouille dans ses jouets et revient rayonnant sa voiture verte à la main. Je referme, on redescend. Je vous épargne le chemin jusqu'à l'école, où Ange dit soudain Stop ! au beau milieu de la route, et impossible de l'en déloger. En plus des quarante sacs, je finis donc par porter Ange.
Ouf, Boucle d'Or à l'école, Ange et moi on se dirige vers la voiture. J'attache Ange de force à son siège, il voulait glisser dans le coffre, lui, bien plus rigolo. Direction la crèche. Arrivée à la crèche. J'essaie de ne pas voir l'air de l'auxiliaire quand elle voit arriver Ange, cet air un peu crispé qui signifie : oh non, voilà le démon... Je marmonne :
- Heu son pantalon est à l'envers, c'est parce qu'il a voulu le mettre tout seul...
Regard réprobateur. Ange ne veut pas me quitter, il hurle en m'enserrant le cou. L'auxiliaire est obligée de le porter, le détacher de moi, le calmer avec une déjà-pointe d'agacement. Sa journée commence bien, se dit-elle. Moi, les larmes aux yeux, je fuis.
Je m'installe dans la voiture. Trois secondes pour soupirer, remettre mon coeur à l'endroit.
Je cherche la station Musique. Respiration. J'ai trente minutes de retard, alléluiah. Je démarre. Tant pis, je prends mon temps sur la route, je me délecte de la musique et de mes pensées. Bonheur. La chaise inoccupée est toujours là, sans les silhouettes. Je les verrai peut-être ce soir, s'il ne pleut pas.
J'arrive au boulot très en retard, mais tout à fait calmée.
C'est alors que mon collègue, qui a deux grandes filles qui se préparent toutes seules, vont à l'école toute seule, mon collègue qui habite à 5 minutes de là, mon collègue qui n'a pas un super blog à alimenter, ce collègue-là me lance :
- Alors, tu t'es pas réveillée ce matin ?

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Publié dans Clara

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L
ah! ah ! ah! merci pour la référence, Clara, je compatis largement, ayant vécu une expérience incroyablement similaire ( quelle coïncidence!?) ce matin même, rentrée pluvieuse et humeur sombre... je m'arrête car le minuteur va bientôt sonner la fin de mon temps de parole
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J
Ca fait peur..
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C
Tu me fais peur, là, moi qui croyais être plus tranquille dans quelques années !
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P
tiens, on dirait que je suis revenue quelques années en arrière...Profite, profite! Un jour je raconterai ce que ça donne 10 ans plus tard, pas triste non plus.
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A
c'est trés réaliste, t'es vraiment trés forte en science fiction, on sait tous que tu te léves à 10 h 00 et que les petits sont deja à l'école.<br /> Ah mon pauvre JCD
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