Module analytique des originaux nébuleux noéticiens allodoxiques

Publié le par Epiphanie

Au beau milieu du 19e siècle, Paulin Gagne lutte pour percer sur la scène littéraire parisienne. Rien n'y fait. Dans le journal L'Unité, dont il est le cofondateur, Paulin Gagne propose par exemple un projet qui, à son avis, mettra fin au problème de la famine dans le monde: "La philanthropophagie, faite par le sacrifice volontaire des hommes et des femmes se livrant en nourriture aux victimes de la faim, est un acte de la plus haute sagesse et de la plus sublime charité. Il sera facultatif à ceux qui ne voudraient pas mourir de se faire simplement couper les jambes et le bras le moins utile [...]", écrit cet auteur et avocat qui sera interné un temps à la maison de santé de Picpus et mourra pauvre et ignoré en 1876, à Paris.

Une autre des créations de cet écrivain curieux, marié avec une femme de lettres qui connut quelque succès dans le roman pour la jeunesse: L'unitéide ou la femme messie, poème en 12 chants et en 60 actes qui met entre autres en scène la déesse de la "carotticulture" (femme au pouvoir surnaturel qui, selon l'auteur, réglera les conflits de la guerre), illustre la gravité de sa pathologie mentale:

"Amour sacré de la carotte, / Conduis, soutiens nos bras vengeurs, / Liberté chérie en compote / Combats avec tes défenseurs. / Des peuples / fiers de leur victoire / Viens parfumer le pot-au-feu / Pour qu'ils puissent faire en tout lieu / Éclater la carotte en gloire."


D'autres écrivains affichent des "monomanies" encore plus singulières. C'est le cas d'Alexandre-Vincent-Charles Berbiguier, pour qui les farfadets mènent le monde. Selon lui, d'infâmes petits monstres invisibles, qui prennent souvent la forme de puces, font tomber la grêle, rendent les femmes enceintes à leur insu, détruisent les récoltes, incitent à s'abandonner à d'impudiques désirs, entravent les facultés intellectuelles, etc. Rien ne leur est étranger. Le seul moyen de contrer leur méchanceté: le parfum du thym, plante favorable aux conjurations.

Alors que certains croient que l'art est une manifestation "supérieure" de l'esprit, d'autres ont tenté d'établir des rapports entre la folie et le génie. "Mais la ligne entre ce qui est ingénieux et absurde s'avère parfois difficile à tracer", note le professeur Popovic. Pour lui, Gagne et Berbiguier ne sont pas des "cas", et leurs textes disent quelque chose de très intéressant sur la société, les savoirs et la littérature de leur temps. C'est pourquoi il va également voir dans les essais et les traités des aliénistes et des médecins ce que ces "spécialistes" disent de tels écrivains: quelle surprise alors d'apercevoir Gagne pris comme exemple juste à côté de... Descartes ou de Pascal!

André Blavier, auteur du livre Les fous littéraires, publié aux Éditions Henri Veyrier, rapporte même qu'en 1760 Jean-François Dufour écrivait au sujet de Pascal: "C'était un savant du côté droit et il avait toujours idée de voir des abîmes épouvantables du côté gauche, ce qui a fait dire de lui qu'il était un grand homme d'un côté et à moitié fou de l'autre."

Quoi qu'il en soit, une chose est sûre: "Simples d'esprit, idiots, imbéciles, séniles et crétins n'écrivent guère. Il en va autrement des divers névrosés et psychosés", déclare M. Blavier. Dans son ouvrage, il schématise ainsi les comportements des malades: "Le névrosé se demande s'il n'est pas en train de devenir fou; le psychosé éprouve le besoin d'affirmer et de s'affirmer qu'il ne l'est pas; le dément est indifférent à une question qu'il ne se pose pas."

Mais pour Pierre Popovic, rien n'est aussi simple. En collaboration avec cinq autres chercheurs appartenant à cinq universités (UdeM, UQAM, McGill, Liège et Tours), il a fondé un groupe de recherche: le Module analytique des originaux nébuleux noéticiens allodoxiques (MADONNA), qui s'est donné pour objet d'étude les écrivains et les esthétiques déclassés, les avant-gardes qui ont échoué, les institutions marginales, les représentations des petits marginaux dans les oeuvres des grands littéraires, les utopistes et tout ce qui, aux 18e et 19e siècles, relève de l'illégitimité culturelle.
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Publié dans Epiphanie

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L
Ben, y'a aussi l'idiot d'la famille, cui qu'a parlé qu'à cinq ans et cui qui restait à la cuisine à couver l'feu avec les gens ! c'est t'y qui s'app'lait Gustave, Gustave Flaubert...
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M
Dans la catégorie Le lieu, les projets autour du lieu (la Bohème), quelles soirées, comment, quels rapports avec le blog, quelles lectures, interventions, collaborations, illustrations...<br /> <br /> Sinon, pour les thèmes (toute façon y'a qu'un truc en gros "idées d'ici et d'ailleurs") (c'est pas moi qui ai eu l'idée) mais effectivement tourner autour des avatars semble peut-être plus inventif...<br /> <br /> Ou tourner autour d'un bloc de textes (comme ceux sur Le Greco...) (le "thème" sous-jacent, qui fonde souvent un texte et d'autres qui raisonnent autour de lui ou ensemble ?)<br /> <br /> En plus un peu plus pictual ou d'image et ce "thème", cette reprise serait à travailler et donnerait une actualité aux "archives"<br /> <br /> Ou encore autre chose ?<br /> <br /> A débattre entre tous...
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C
Il faut qu'on décide des catégories : est-ce qu'on met nos articles dans la catégorie de nos prénoms (moi j'ai envie d'ajouter nos avatars pour continuer à semer le trouble), ou bien suivant un thème ?<br /> Et qu'est-ce qui rentrerait dans la catégorie Le lieu ?
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M
D'où ça vient, ce truc...<br /> <br /> Ah oui, c'est Epiphanie, j'oubliais
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M
Aux paginateurs divers : je crois qu'on pourrait créer une rubrique sous le titre de "La bohème" ou "Le lieu", dans lequel on pourrait mettre en place comme la dématérialisation (matérielle) de ce blog et les projets y-afférents à discuter, entre tous.<br /> <br /> <br /> Les noms d'auteurs (bonne idée) viennent recouper les autres rubriques ?, c'est vrai qu'on pourrait créer d'autres découpages pour rendre les archives plus "lisibles".
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