un homme concentré

Publié le par precy

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Né en 1934 dans l’Ain, Charles Juliet est placé, à l'âge de trois mois, dans une famille d’adoption. Sa mère, épuisée par quatre grossesses rapprochées, est tombée dans une grave dépression. A l’époque, on ne comprend pas, et on place ce type de malades dans des asiles, au même titre que les malades mentaux. Elle est donc internée à Lyon. La guerre survient, et bien vite, les nazis décident de laisser mourir de faim ces êtres « inutiles ». L’enfant fragile grandit entouré de l’affection de ceux qui l’ont recueilli. En 1946, il entre à l'Ecole militaire préparatoire d'Aix-en-Provence qu'il quitte en 1954 pour l'Ecole de Santé Militaire de Lyon. Mais à 23 ans, il abandonne ses études de médecine, pour entamer un long chemin à la recherche de lui-même.

L’œuvre de Charles Juliet est éclectique et témoigne de ce parcours d’autodidacte exigeant : poésie, ouvrages consacrés à des peintres comme Cézanne ou Bram Van Velde, journaux, romans. On peut lire L’année de l’éveil et Lambeaux, œuvres autobiographiques simples, sans affectation…comme l’homme qu’il est.


Charles Juliet n’est pas un écrivain silencieux, comme je l’ai longtemps pensé. C’est un homme concentré. De ceux qui ont gagné la grâce de goûter chaque parole prononcée en leur présence, en une sorte de recueillement humble. Son écriture est à cette image, également ramassée : chaque mot doit, finalement, s’avérer nécessaire, « inévitable », c’est le terme qu’il utilise. Si je parle de concentration c’est aussi à cause de cette rigueur vis-à-vis de soi-même : pas de complaisance pour sa propre personne, pour ses souffrances en son parcours. Une écriture qui cherche l’apaisement personnel, mais qui permet également à l’autre de se reconnaître. Un savoir-vivre, en quelque sorte.

Par cette extrême humanité, il parle aussi à ceux qui écrivent, à ceux pour qui ça ne va pas de soi, qui voudraient pouvoir, un jour, être satisfaits de la plus petite virgule et qui diraient alors devant leur texte : « oui, c’est complètement ce que je veux dire ». On est reconnaissant pour ce qui est vraiment du travail, livré là, qui laisse mesurer  combien  l’acte d’écrire est une exigence nécessaire, une plongée de chaque instant dans la langue pour en débusquer le mot juste, s’il existe du moins.

A la lecture, quelques lignes et le monde nous apparaît avec une acuité nouvelle : une cour de ferme enneigée, close sur elle-même, une chambrée pleine de copains rudoyée par le mistral. Des silhouettes se dessinent dans une réalité douloureuse : une jeune maman de quatre enfants baisse la tête, une mère d’adoption ouvre les bras.

Charles Juliet n’est pas un écrivain silencieux : il clame, de la façon retenue qui lui est propre, le caractère inestimable de toute existence.

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Publié dans Précy

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P
l'Année de l'éveil et lambeaux se trouvent en Folio...
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A
encore un auteur que je découvrirais avec plaisir
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