L'homme du dedans

J'ai connu un homme dont on m'a dit que toute sa vie il n'a lu qu'un seul livre dont il lisait les pages tous les soirs. Et dont il suivait rigoureusement les paroles, les préceptes. Mes connaissances à moi sont réparties dans toutes les notes ou annotations dont les pensées à chaque moment, les répercussions pourraient constituer quelque chose comme l'armature éclatée d'un homme encore (toujours ?) à venir. Il faudrait les rassembler, - les mots de ces auteurs raisonneraient-ils encore, faudrait-il en entourer comme de bandelettes son lieu de travail -, ou faudrait-il les écouter chacune à son heure les utiliser pour autre chose encore, quelque chose comme le don du nouveau se confondant en paysage ? Il suffit d'une seul lettre en moins et c'est drôle le mot comme manque à sa place - comme une plante, un cailloux un lézard manqueraient dans tel ou tel paysage ou permettraient seulement qu'il devienne autre chose - ou ne puisse plus s'exprimer, exprimer. Je ne sais pas si l'homme, qui était un homme du paysage emportait avec lui son livre "au dehors" ou si c'était seulement un livre du soir et de chez lui. Et puis parfois y'a des notions ou des paysages qu'on emporte malgré soi, comme un événement - plus grand que soi c'est à dire - et dont on n'arrête pas de lire dans le réel les effets, et c'est peut-être encore un paysage dont les lettres peu à peu viendraient, noires et blanches, s'assembler pour créer quelque part comme une étrange vision de ce que furent et deviennent les choses. Commode de dire choses, alors qu'il s'agit aussi bien d'êtres, et d'autres, et des multiples sensations comme de mondes d'insecte - dont nous sommes entourés. Suffirait de bien les connaître, comme les plantes dont tout à coup l'absence ou la présence signifierait quelque chose, pourvu qu'on reconnaisse ou qu'on puisse avoir un horizon d'attente par rapport à l'altitude, l'ensoleillement, le type de sol etc,... et peut être une écoute animale vis à vis d'elles. Je crois qu'alors on pourrait y voir quelque chose et goûter aussi comme l'essence de ce qui, naturellement, s'y trouve. Il faut un long travail pour cela, qui était le travail de l'homme du paysage (qui devient l'homme du dehors).
A quoi lui sert le livre, de "tonal", d'île. Le reste, le "nagual" se découvre petit à petit se conquiert dans sa force d'élévation, de vision, de prudence nécessaire pour arriver à cela.
Et puis que faire, qu'attendre d'un texte sinon cet effet d'ouverture, de répercussions infinies en soi qui viendrait découper le réel autrement, soudain, et dont la photographie, le tirage, pourrait constituer comme un exemple, sinon de ce que l'écriture constitue, forme encore comme un monde mouvant qui s'anime dans chaque mouvement, chaque lecture, ou dans le paysage bruissant qui ne semble pas se détacher de lui.
"Par exemple, ton tonal a renoncé à certains contrôles sans grand combat, parce qu'il a compris que, s'il restait tel quel, la totalité de toi-même serait morte à l'heure actuelle. Autrement dit, le tonal est forcé de se débarrasser de choses inutiles, telles que la suffisance ou le laisser-aller, qui ne font que le plonger dans l'ennui. Le problème, c'est que le tonal s'accroche à ces choses-là, alors qu'il devrait se réjouir de se débarrasser de ces conneries. Il s'agit donc de convaincre le tonal d'être libre et fluide. C'est un tonal libre et fort qui est avant tout nécessaire à un sorcier. Plus le tonal est fort, plus il se dégage de ce qui l'entrave et se rétrécit facilement. Ce matin j'ai vu l'occasion de rétrécir ton tonal.
Une fois que l'homme a été frappé et que son tonal s'est rétrécit, son nagual, s'il est déjà en mouvement, si petit que soi son mouvement, prend le dessus et éxécute des actions extraordinaires.
Pour le nagual, il n'y a ni terre, ni air, ni eau. Au point où nous en sommes, toi-même tu peux en convenir. Par deux fois tu as été libre dans les limbes, alors que tu n'étais qu'à la porte du nagual. Tu m'as dit que tout ce que tu avais rencontré était inconnu. C'est que le nagual glisse, vole ou fait tout ce dont il est capable, dans le temps du nagual, qui n'a rien à voir avec le temps du tonal. Ce sont deux moments qui ne vont pas de pair.
In Carlos Castaneda "Histoires de pouvoir".
La photo est une image du désert de Sonora où se déroule l'initiation contée dans le livre.
A quoi lui sert le livre, de "tonal", d'île. Le reste, le "nagual" se découvre petit à petit se conquiert dans sa force d'élévation, de vision, de prudence nécessaire pour arriver à cela.
Et puis que faire, qu'attendre d'un texte sinon cet effet d'ouverture, de répercussions infinies en soi qui viendrait découper le réel autrement, soudain, et dont la photographie, le tirage, pourrait constituer comme un exemple, sinon de ce que l'écriture constitue, forme encore comme un monde mouvant qui s'anime dans chaque mouvement, chaque lecture, ou dans le paysage bruissant qui ne semble pas se détacher de lui.
"Par exemple, ton tonal a renoncé à certains contrôles sans grand combat, parce qu'il a compris que, s'il restait tel quel, la totalité de toi-même serait morte à l'heure actuelle. Autrement dit, le tonal est forcé de se débarrasser de choses inutiles, telles que la suffisance ou le laisser-aller, qui ne font que le plonger dans l'ennui. Le problème, c'est que le tonal s'accroche à ces choses-là, alors qu'il devrait se réjouir de se débarrasser de ces conneries. Il s'agit donc de convaincre le tonal d'être libre et fluide. C'est un tonal libre et fort qui est avant tout nécessaire à un sorcier. Plus le tonal est fort, plus il se dégage de ce qui l'entrave et se rétrécit facilement. Ce matin j'ai vu l'occasion de rétrécir ton tonal.
Une fois que l'homme a été frappé et que son tonal s'est rétrécit, son nagual, s'il est déjà en mouvement, si petit que soi son mouvement, prend le dessus et éxécute des actions extraordinaires.
Pour le nagual, il n'y a ni terre, ni air, ni eau. Au point où nous en sommes, toi-même tu peux en convenir. Par deux fois tu as été libre dans les limbes, alors que tu n'étais qu'à la porte du nagual. Tu m'as dit que tout ce que tu avais rencontré était inconnu. C'est que le nagual glisse, vole ou fait tout ce dont il est capable, dans le temps du nagual, qui n'a rien à voir avec le temps du tonal. Ce sont deux moments qui ne vont pas de pair.
In Carlos Castaneda "Histoires de pouvoir".
La photo est une image du désert de Sonora où se déroule l'initiation contée dans le livre.
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