Words and music... et peinture
Il y a parfois des évènements qui me font regretter de ne pas être parisienne (très furtivement, hein). Mais l'expo, elle, est toujours visible.
Samuel Beckett n'a cessé d'influencer les compositeurs, comme toute l'esthétique surgie après Godot. Dans le cadre de l'exposition du Centre Pompidou, cette soirée propose trois approches musicales de Beckett : après, avec, vers Samuel Beckett.
Morton Feldman, qui connut l'écrivain, entreprit en 1987 de composer la musique pour la pièce radiophonique Words and Music. L'échange de Feldman avec Beckett fut très fécond (Neither, For Samuel Beckett) par la richesse des propres incompréhensions du compositeur.
Pascal Dusapin invoque ou cite depuis longtemps Beckett sans l'avoir jamais "mis en musique". Toute l'œuvre de Dusapin s'écrit "après" Beckett, dont les partitions portent la trace du passage. Quad, dédié à Gilles Deleuze, l'un des meilleurs commentateurs de Beckett, commence par l'épuisement des possibilités, analogue en cela à de nombreux dispositifs de l'écrivain.
La troisième œuvre, la création de Jérôme Combier tournée vers Beckett, se glisse dans les temps de la lecture de l'Impromptu d'Ohio. Musique et mots convergent vers leur double effacement. Cette création est présentée par ailleurs dans les espaces de l'Exposition Beckett* du Centre Pompidou.
La photo est de Jérome Combier.
A Paris actuellement, on peut aussi voir une expo sur René Char, au site François Mitterrand.
Les peintres amis et admirés scandent ce parcours au travers des éditions illustrées et manuscrits enluminés. Au coeur du parcours, les textes poétiques eux-mêmes seront proposés dans les différents états successifs de leur écriture.
Oh la toujours plus rase solitude
Des larmes qui montent aux cimes.
Quand se déclare la débâcle
Et qu'un vieil aigle sans pouvoir
Voit revenir son assurance,
Le bonheur s'élance à son tour,
À flanc d'abîme les rattrape.
Chasseur rival, tu n'as rien appris,
Toi qui sans hâte me dépasses
Dans la mort que je contredis.