1990
Début 1990, je suis en attente de ma naturalisation depuis 4 ans. C’est long, très long, surtout que j’étais considéré comme clandestin, tant que je n’avais pas cette naturalisation. Je me trouvais dans uns situation ubuesque, pour faire simple, quand j’ai fait ma demande de naturalisation j’avais une carte de séjours, mais celle-ci n’a pas été renouvelée par la préfecture, les lois Pasqua venaient d’entrer en vigueur. Du coup du jour au lendemain je me suis retrouvé clandestin (je vous en raconterai de belles sur la vie dans la peau d’un clandestin). Je vous passe l’angoisse et la peur quotidienne qui m’habitaient durant cette longue période. L’essentiel est qu’en 1990 donc, je recevais enfin des nouvelles. Une attestation à faire remplir par un médecin conventionné par la préfecture m’a été envoyée, la visite médicale devrait confirmer le fait que j’étais apte à accomplir mon service militaire.
Echoué si près du but.
J’avais pas le choix, je savais que la partie était perdue, l’expulsion vers l’Algérie me pendait au nez. Je suis quand même allé faire remplir mon papier chez un médecin, celui-ci, quand il a vu mes béquilles, ne m’a même pas examiné, il a dit « si je vous remplis cette attestation vous ne serez pas naturalisé, votre dossier sera rejeté, je suis désolé mais je préfère que vous alliez voir un autre médecin». Au moins sa réaction a été honnête. Sur ma liste il y avait 4 médecins, les deux suivants m’ont tenu à peu prés le même discours, il n’en restait plus qu’un, il était au panier. J’étais dans la salle d’attente, désabusé, « SUIVANT », c’était à moi, j’étais effondré. J’entrais dans le cabinet, m’assis et lui tendit l’attestation, je le regardais prendre son stylo, remplir le papier, tamponner et signer, il me regarde et me dit « félicitation vous allez être français ». Une boule me prend à la gorge, il ne s’est pas levé de tout l’entretien. Je lui dit, tous vos confrères ont refusé de me remplir ce papier prétextant que j’étais handicapé ; - ils n’ont rien compris, de toute façon si votre demande est rejetée, faîtes appel, j’irais plaider avec vous, sa réponse me fit chaud au cœur. Puis il ajoute vous m’avez l’air fatigué, allongez vous, je vais vous examiner.
Oui fatigué, je l’étais, je me suis mis sur la table et je me suis allongé, il s’est levé, il cherchait quelque chose à ses pieds, c’était ses béquilles, il était handicapé lui aussi.