Petites histoires des cartes (le Tarot des naufrages)

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u départ il y aurait comme cette drôle de lettre disséminée sur ce portulan, où subsiste encore quelques choses des merveilles et des monstres, découpé pourtant en rose des vents et cité et drapeau et ville d'Ys pour ce qu'on ne voit pas mais qu'on devine en glissant sour les eaux, comme l'intérieur, l'extérieur d'une même phrase.

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 Parfois les mots semblent conquérir plus, ou plus qu'eux-mêmes. Des territoires, une histoire de reliques ou de Saints qui en fixeraient les contours et que le texte viendrait employer, pour revenir à lui-même. Une histoire de conscience et de terre. Se poser, s'enfoncer, prendre pied dans l'immatérielle matérialité des biefs serait comme forger quelque chose de la conscience d'un peuple, et du trajet des pélerins.

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Tout d'un coup on s'aviserait que toutes ces terres, c'est à dire l'endroit ou la mer lui donne quelque relief seraient la possibilité d'un passage et donc aussi du vide, de tous les trajets qui prendraient corps, delta, isthme, canal, au delà d'eux-mêmes, et que l'oeil cessa de fixer ce dont le corps, le temps et la parole prenaient possession, pour rien peut-être ; pour réfléchir une histoire, se sentir avancer, quelque part dans l'entre-deux de toute relation,  et des courants lents ou joyeux qui s'y portent.


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On y verrait les tracés, les rémanences, les endroits où quelques souffles semblaient agiter jusqu'à faire disparaître tracés, trait, et crayon. Où les choses restaient en suspens fors l'événement inclus dans toute vie. Où on allait de l'un à l'autre sans savoir qu'on ne faisait qu'effleurer en caresse le monde ou son étrangeté et que quelque chose de ces jours s'y jetait, irrémédiablement. Son minuit. Sa cause de terreur, son tirant-d'eau propre. sa beauté, ses arbres et ses souches. Son remembrement, son éclatement perpétuel. Sa cohorte de jours, de couchers. De songe en l'air, de nuages, d'attentes ; de voir comment volait cette matrice sans rien dire sans imaginer poser autre chose que plumes ou que cairn parfois, eau grise et tumultueuse, passant outre, et toi, de l'autre bord, et toi fors et fors et fors ces murs, ces liens toi comme habitué à descendre à emplir l'autre bord jusqu'au bout du monde d'une assiette plate comme la lune dont il faudrait sans cesse décrire, dessiner, la face cachée, la face d'onde pour que sans cesse quelque chose de toi puisse et survivre et s'attacher et s'arracher à d'autres mains à ce que penche sans cesse cette force de l'autre bout du monde et qu'il faudrait écrire, en silence
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C
Moi ce qui m'a toujours troublée dans les cartes ou plans (et c'est pour ça que je suis si nulle en géographie), c'est le caractère pérenne qu'on semble leur donner, et c'est cette volonté de matérialiser le monde par des lignes, des traces complètement fictives. J'ai eu beaucoup de mal à comprendre ça, enfant. Très impressionnée par la tectonique des plaques, je ne voyais le monde, de toute façon, que comme quelque chose de très mouvant, alors comment pouvoir dire que telle frontière se trouvait là ? Plus tard, j'ai été fascinée et déconcertée de la même manière par tout ce qui était schéma -genre la pyramide de Maslow-, censé couler dans le bronze une théorie. J'aimais bien davantage ce jeu complètement idiot auquel je jouais avec mon frère, vous savez peut-être, on pose le stylo sur une feuille en ne le tenant qu'en son sommet avec un doigt. On appuie un peu pour que le stylo glisse, ça fait une trace dans une direction quasi-imprévue, chacun à notre tour. Le but est de tenter de maîtriser la trajectoire pour couper celle de son adversaire.A la fin ça faisait un joli dessin plein d'étoiles filantes.
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M
La dernière carte - ou cartographie - est un dessin je crois de Deligny, de ce qu'il désignait par "lignes  d'erres", c'est à dire du déplacement des enfants (autites) dont il s'occupait et des trajets qu'ils effectuait autour de mêmes lieux, et d'un événement qu'il restait à circonscrire, ou dont il acomplissait l'éclatement, l'éclat ; leurs propres vies ?
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