Dimanche matin.
Brest 7 h 20, nous filons sous la pluie vers l’aéroport, la nuit a été courte comme chaque fois qu’on est ensemble, je suis assis devant, pas très bien réveillé mais à l’écoute de ce qui ce dit derrière, les autres sont dans un autre car. Un jeune garçon et une fille tout aussi jeune discutent, ils doivent avoir 14 ou 15 ans. La jeune fille dit « j’aimerais trop changé de catégorie, cela voudrait dire que je nage mieux et qu’en plus je suis moins handicapé » (dans la natation pour handicapés, il y’a une catégorie par handicap, ces deux jeunes ont un handicap très lourd), lui répond « moi ce que je veux c’est juste être valide, nager comme une pierre, mais être valide » sa réponse nous a tous assommé, tous les athlètes présents dans le car, soudain sont muet, ce petit garçon nous a tous ramené à la réalité, oui être valide, c’est ce qu’on veut tous, mais on ne se le dit plus, c’est juste quelque part par dans notre tête, on n’oublie pas on s’habitue comme dit Brel, être valide, courir sur la plage, prendre ses enfants par la main ou les mettre sur ses épaules et déambuler dans les rues d’Oran, descendre les escaliers 4 par 4, pousser un chariot, ne plus redouter les plages, fumer une clope en marchant, enlacer debout ce qu’on aime,errer au bord de l’eau quelque par entre Biarritz et Saint Jean de Luz les mains dans les poches. On ne peut imaginer ce qu’est cette sensation : marcher les mains dans les poches.
On arrive devant l’aéroport, il pleut toujours, un copain commence a imité les le bruit des cigales, un autre fait mine de chercher du petit bois pour faire du feu, je fais semblant de sortir de mon sacs des merguez, 3 fous sous pluie rejouent Pagnol, les 2 jeunes rient.
C’est reparti.