La fête de la musique - vue du dedans

Publié le par m

Thierry est parti, il arrive toujours - et même pour jouer -, passer d'un lieu à l'autre, prend son chapeau pour le poser et manque de l'oublier, à chaque fois. Manque juste de quoi faire un portrait, de quoi le perdre. Imagine une voix perdue,  imagine un homme perdu au milieu de chez lui. Parce qu'il va loin ; l'Amérique en motocyclette et l'Allemagne en hiver pour l'amour, sous une tente. Le nomade est à la lettre, paraît-il, celui qui ne bouge pas. Celui-ci est nomade, n'aime pas la scène mais jouer, oui, se perdre dans un visage et ses mélodies, quand il part.  Faut le voir partir, s'inscrire dans la douleur de retrouver le morceau et les impro et les parties qui vont avec, le plaisir de les retrouver avec lui, inscrites quelque part dans - l'immémorial, quelque chose qui va avec le coeur des musiciens, des musiciens pauvres qui savent que jouer, en session, ensemble, est comme retrouver quelque chose de l'écoute entre les hommes, de la vitesse des sentiments.  Faut aller le chercher, l'air - l'écart avec l'instrument, quelque part dans son corps, puis rire avec lui des phrases quand, quelque chose de travers, de différent, quelque chose qui s'échappe de la mélodie vers ce qui (ne) serait plus nous et y retourne ou quelque chose du soufflet comme un pont vers lui ou la musique - et y retourne. Puis on s'offre à parler presque d'une voix blanche pour ne pas raconter mais accompagner autrement ce qui s'est passé, l'entente ; l'écoute.

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Ces gestes-là sont une compagnie, depuis le début. Les mêmes mais à chaque fois, et pour chacun et chaque moment, entièrement différents. On déploie puis on ferme. On offre le plus large éventail le plus de souffle au - morceau et on sait qu'il faudra l'absence de souffle, ensuite, pour tout ce déploiement, ce maximum de beauté ou l'écart pour trouver quelque chose comme l'ouvert, dans les choses. Que tout va se clore, bientôt. Que les mouvements de l'air anticipent ce qui se passe ici-bas  - à l'horizontal, pour mieux les refermer, ensuite. O imagine qu'il s'agit d'une grâce, mais c'est la vie. Exactement aussi simple et limpide qu'un corps lorsqu'il s'anime et écoute ce qu'il fait naître pour l'autre.

La petite fille regarde encore ailleurs, peut-être est-ce pour mieux écouter celui qui part qui laisse un air le bout d'une fête, la liberté d'un monde - puisqu'il n'y a rien à regarder - sinon le lien, le plus bel endroit, celui à venir, toujours le plus beau - qu'on jouera autrement.
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M
C'est clair !
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C
La vie serait un accordéon ?
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