Résister

Publié le par Clara

Philippe Meirieu publiera en septembre un ouvrage intitulé Pédagogie : le devoir de résister, chez ESF éditeur.
J'en ai reçu une partie du manuscrit au boulot. En exclusivité, donc, pour D'ici et d'ailleurs, voici une petite synthèse que j'ai rédigée (j'aime Meirieu car il me conforte dans la fierté d'enseigner) :

Philippe Meirieu ne réfute pas la difficulté grandissante d'enseigner. Mais il prend ensuite le contrepied de toutes les attaques menées contre les pédagogues. Ceux-ci auraient ruiné l'autorité des adultes par un manque d'exigence dans la transmission des savoirs, par la libre découverte des connaissances, par l'abandon des notes et des classements... Idées largement relayées par les médias, et par certains politiques désireux de réinstaurer un climat de répression en s'appuyant sur la nostalgie de l'école d'antan. Meirieu souligne qu'il est plus facile d'incriminer les méchants pédagogues que de s'interroger sur nos responsabilités collectives.
Il tente de réhabiliter les "méthodes actives", où l'enfant dialogue avec le monde afin de se construire. C'est ainsi qu'il abandonne la posture de l'enfant-roi, ce qui lui permettra d'accéder progressivement à une posture "citoyenne". "Construction de l'intelligence" et "formation du citoyen" s'inscrivent dans un même mouvement de décentration progressive et de construction du collectif, d'acquisition des savoirs et de pratique du débat démocratique. Ce travail compliqué aide l'enfant à se dégager de la logique du caprice, et à devenir plus libre que beaucoup d'adultes soumis à la logique infantilisante de la "pulsion d'achat", message répété à l'infini par les médias.
Philippe Meirieu s'interroge : les injonctions répétées en faveur du "retour de l'autorité" à l'école ne seraient-elles pas une manière pour nos contemporains d'assumer l'infantilisme dominant et de demander aux enseignants de porter seuls la responsabilité de la frustration nécessaire à toute éducation ?
Il cite le psychologue Laurent Carle : "le paradoxe de la situation éducative moderne consiste à placer l'enfant-roi au centre de la famille, à lui accorder tous les achats inutiles qu'il demande et, par ailleurs, à exiger qu'il se soumette en classe, avec une docilité débile, aux règles capricieuses d'adultes inconstants." Paradoxe ou plus exactement "complémentarité de deux attitudes qui se nourrissent et se justifient l'une l'autre".
Pour sortir de l'oscillation entre autoritarisme et laxisme qui caractérise notre société, Meirieu trouve plus important que jamais de "faire de la pédagogie".
Il faut, dit-il, résister. Résister contre le fait que "l'idéologie du maillon faible est devenue la pensée dominante, que notre pays a fait le choix de l'exclusion contre l'éducation, que l'Ecole de la République est vendue par appartements et que sa fonction de creuset social a été définitivement abandonnée".
"Résister à notre échelle et partout où c'est possible, à tout ce qui humilie, assujettit et sépare. Pour transmettre ce qui grandit, libère et réunit. Notre liberté pédagogique, c'est celle de la pédagogie de la liberté. Non pas une liberté abstraite que nous n'aurions qu'à "respecter"... Mais une liberté à construire et à gagner contre tous les fatalismes".
"Et, devant les errances de la modernité, le professeur n'a rien à rabattre de ses ambitions, bien au contraire... Face à la dictature de l'immédiateté, il doit travailler sur la temporalité. Quand, partout, on exalte la pulsion, il doit permettre l'émergence du désir. Contre les rapports de force institués, il doit promouvoir la recherche de la vérité et du bien commun. Pour contrecarrer la marchandisation de notre monde, il doit défendre le partage de la culture. Afin d'éviter la sélection par l'échec, il doit incarner l'exigence pour tous".

"Personne ne prétend que la tâche est facile. Elle requiert détermination et inventivité. Echanges, solidarité et travail en équipe. Elle exige du courage. Et la force de nager à contre-courant. Il ne faut pas avoir peur de la marginalité. Car plus que jamais et selon la belle formule de Jean-Luc Godard, "c'est la marge qui tient la page"".
Publicité

Publié dans Clara

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article