Des mots

Publié le par Clara

Les mots, l'émail des maux, les mails faits d'eau, de sable et d'argile, l'argile du corps, l'agile fil de la vie, l'avide vide de l'abîme, la bille de salive, les lames acérées, le sel du papier, hiéroglyphes serrés, fondus au palais, précieux et sérieux, graves et gais, guets et marées, crues et déluges, luges gelées, hélés et gardés, gardes et pivots, voeux et prières, pères et impairs, pieuses mers de larmes, lames d'émotion, si on se laisse aller, les ailes irisées, rire de papillon, morpho bleuté.
Ainsi va ma vie, ma vie ces temps-ci, moi je dis je, je ne sais dire que je, le on ne me sied pas, l'impersonnel ne m'appelle pas, je ne sais parler que de moi. Quand je parle de moi je parle de vous, disait Victor, disait-il d'or, dormait-il, mort ? Ma vie est ainsi, si près des mots, si près des maux, cyprès des moribonds. Acuité des sens, à côté du sens, sans cible ni sensible, mes flèches ne visent que le soleil, elles rebondissent et retombent près de vous, à vos pieds, regardez-les, elles vivent encore, elles tressautent suffoquent, un dernier râle, un dernier sursaut avant de vous baiser les orteils. Les ors tels mon âme, rictus d'esprit rauque, roquet agressif, si fou et si vif. Je renais sans cesse, phénix résilient, îlien de mes nuits, bigarrées et violées, violées par l'absence, les sens on y revient.
Vient l'amour, vient la mort, viens ne dis rien, juste crie juste trace, juste griffe ce coeur à vif, à moins qu'il fût à sang. Ascendante la vie, à sang d'encre la sève, ces voeux-là sont des jeux, des je et des tu, des je et des nous, des vous et des elle, des ailes et des flots. Lus et dits, écrits et cris. Bleus.
Bleuies mes lèvres mordues, du rêve et des pralines, des mines de bonheur, des heures à venir, du désir en barre, des barres de bateau, qui vont nous mener loin. Le voyage démarre là, largue les amarres.
Je secoue mon mouchoir. Dans le noir lumineux.
Publicité

Publié dans Clara

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article