L'être pommesque de la meule

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On disait cela  des pommes de Cezanne, "l'être pommesque de la pomme", parce que ces toiles rendaient la présence exacte, le ressenti, l'impression qu'on peut avoir d'une pomme.



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L'autre soir, c'était en se promenant presque déjà à trois pattes qu'il  m'a semblé ressentir la même intensité, la même vibration dans les blés. Il y avait foule. On aurait presque pu détacher d'eux quelque chose, l'agréger avec un autre élément pour qu'il s'en fasse une histoire, tous ces extraits (comme le font les "nez") qu'on emprunte de ci de là jusqu'à en faire tout une histoire, quelque chose qui tienne.

Comme des meules. Parfois faut aller les voir, faut grimper dessus, faut sentir la terre tourner dessous et le ciel s'en aller, dessus ; parfois il faut les laisser loin de soi, vite passer, les regarder en perspectives. Parfois les laisser s'enrouler, parfois les recouvrir de plastique blanc, et attendre du monde encore autre chose, que du Virgile.


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Mais bon, déjà pas mal, cette rondeur, l'impression que tout devient toujours rond, qu'il y a quelque chose pour la nature comme un cercle, un état d'équilibre, dans le regard. Que meules (Monet) et pommes se confondent, jusqu'à un certain point, que l'une devient la suite de l'autre, en ébauche la saveur, qu'il faut les respirer, des deux côtés.

"J'appelle la contemplation de l'instabilité du monde : esprit de l'éveil."(Nâgarjuna) On passe du côté oriental, qui n'est jamais très loin, que les chose ni leur représentation ne durent ; qu'il faut les fixer pour en sentir briller toute l'intensité, la clarté, la fulguration pour mieux les perdre, ou par humour.

La canne encore sert à ça, un coup de bâton sur la tête, le Ko-an ; c'est cela qu'on sent, ce bruissement, l'esprit de l'impermanence des choses.

"Pensez-y : par le bruit que font les bambous on comprend l'Eveil, par la fleur des pêchers tout devient clair dans l'esprit (...) les fleurs éclosent chaque année, mais les hommes n'obtiennent pas l'Eveil, les bambous bruissent souvent, mais aucun des hommes qui l'entendent n'atteste l'éveil." (Dôgen)


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On décline simplement les saisons. Et les bruits des tiges deviennent simplement des cris d'oiseaux. Quelque chose s'est perdu qui était, sur la porte, passer d'un monde à l'autre. On pense aux différentes lumières, à l'automne, aux fleurs des châtaigniers. On se dit que mourir ou vivre n'est jamais très loin. Et qu'on tient tout cela comme une pomme, dans sa main.
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