décalage recollage

Publié le par Blogueur d'ici et d'ailleurs

tiens, me revoilà... faut dire que tout est bien calme par ici... alors, même si je l'ai déjà raconté à certains, je me permets de balancer mon anecdote, comme ça, en toute simplicité et modestie..hum

Salon de Provence, château de l’Empéri. Festival de Musique classique.
Le cadre est fabuleux : les arcades de pierres ocres encadrent la cour où sont placés les spectateurs, sur trois niveaux. La scène est vaste et supporte deux majestueux pianos à queue. Quatre hommes vêtus de noir s’assoient et la musique s’élève dans un silence respectueux… Je ne peux m’y plonger tout à fait, je rentre à peine d’un voyage bouleversant et ne peux m’empêcher de faire des allers-retours d’un lieu à un autre : le soleil brûlant, les voix sonores et le raï grésillant sur lequel mes belles nièces souriantes ont ondulé, les papiers gras et sacs plastiques qui jonchent le sol extérieur, parfois sur plusieurs strates, les rires tonitruants…ici l’ambiance est lisse, j’ose à peine détacher mon regard de la scène, de peur de me faire rabrouer par un sourcil réprobateur. Les quatre hommes sont concentrés, les deux pianistes ont souvent des mimiques que je ne comprends pas vraiment, leur jeu parfois me semble artificiel, cette musique ne m’émeut plus comme au premier mouvement… Ils sont habillés de noir, de haut en bas, je ne peux m’empêcher de penser aux claquettes, babouches et djellabas que je viens de quitter, aux robes kabyles aux couleurs chatoyantes et aux broderies compliquées multicolores et brillantes… Un homme se lève pour tourner les pages de la partition. Précis, il doit anticiper les attentes du musicien, et s’arranger pour ne pas rater son tabouret lorsqu’il se rassoit ! Tous les regards, forcément, me dis-je, sont attirés par cet homme, dont la mobilité soudaine casse régulièrement le tableau figé des artistes assis, qui se contentent d’osciller. Il est grand, jeune, blond et j’admire son calme. Soudain, un triangle beige attire mon œil… sur son ventre : lorsqu’il se penche, sa chemise noire, déboutonnée en bas dévoile.. un petit bedon charmant ! Cette découverte me ravit, j’en suis tout sourire… j’en guette la fin de la page, et me régale de cette vision attendrissante, j’y vois une vraie peau de bébé. Peu à peu, cet éclat de chair régulier ne m'étonne plus, me devient familier et toute la situation m’apparaît soudain dans sa réelle humanité. De la proximité de ces corps chauds et moites durant le presque mois que je viens de passer en terre étrangère, je trouve soudain pour ces hommes sur cette scène, et pour toutes les personnes présentes dans cette cour, une belle complicité, de l’indulgence, de l’amour, peut-être ? Le lien est créé. Par chance, les musiciens eux-mêmes  vont agir en ce sens, grâce à une adaptation du Boléro de Ravel pour quatre pianistes tournant autour des deux instruments, dont un termine la pièce en tapant directement sur les cordes dans le ventre du piano, et à un final de carnaval des animaux tout simplement drôle et parfaitement maîtrisé à la fois. Ces musiciens prennent du plaisir à jouer, l’auditoire est conquis je suis sous le charme. Je suis émue, de pouvoir éprouver autant de bonheur ici, dans un tel contexte, qu’ailleurs, en situation parfaitement contraire. Je me félicite, j’admire mon adaptabilité (!!) Je bénis ma chance. Moi qui le fais si rarement, j’ai relié ces êtres-perles d’humanité en un très beau collier d’une homogénéité parfaite.
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Publié dans Lolo

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C
Et hop un frisson d'humanité. Merci.
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