A bout de souffle

La nécessaire incomplétude des choses
J'aime la clarté dans ses yeux
Et puis ces mots de Le Clézio sur le ciné, hier soir : "Ce que Vigo invente avec une magique désinvolture, c'est le langage du cinéma, qui le sépare définitivement de l'écriture romanesque et du théâtre filmé. La spontanéité, la légèreté et le jeu des acteurs viennent du fond d'eux-mêmes et le décor entier est en mouvement avec eux - non plus un décor, mais ce que Jean et Juliette voient, ce qu'ils ressentent, ce qui les agit, non pas en paroles, non pas en expression de leur psychologie, mais par instinct, par intuition, par la vie." in Ballaciner p.60
Et puis je me suis rappelé de la vie de Jean Seberg
En septembre 1970, alors qu'elle est enceinte de sept mois et en train de divorcer de son second mari Romain Gary, une campagne lancée par le FBI et reprise par les journaux prétend que l'enfant est conçu non par Romain Gary mais par un membre des Black Panthers. Elle fait une fausse couche et, au cours d'une conférence, déclare que ces insinuations l'ont traumatisée et plongée dans une dépression la rendant suicidaire. Elle montre un cercueil de sa fille mort-née au couvercle transparent afin de prouver la couleur de peau de l'enfant et ainsi faire taire les rumeurs.
Jean Seberg connut des problèmes d'alcoolisme et de drogue. Elle fit plusieurs tentatives de suicide aux dates anniversaires de la perte de sa fille, et se jeta en 1978 sous une rame du métro de Paris. Moins d'un an après, elle fut portée disparue et son corps fut retrouvé onze jours plus tard, enroulé dans une couverture à l'arrière de sa voiture dans le XVIe arrondissement de Paris, près de son domicile. Le rapport de police indique qu'elle a succombé à une surdose massive de barbituriques mais aussi d'alcool (8,2 g par litre) et conclut au suicide au terme de son enquête. Les circonstances de sa mort restent néanmoins obscures, il est en effet impossible d'ingérer autant d'alcool par soi-même car 4g/l suffisent à plonger une personne dans le coma.
Elle fut enterrée dans le cimetière du Montparnasse.
Son second mari Romain Gary (ils furent mariés de 1962 à 1970), père de son fils Alexandre Diego, se suicida un an après la mort de Jean. Dans la lettre qu'il laissa, il écrivit : aucun rapport avec Jean Seberg.
Et puis du grain, cendré, pictural, de la question qu'elle semble poser ou qui l'anime, de cette peur animale, que regarde-t-elle vraiment, de quel fond semble-t-elle se détacher ; le film est une réponse à cette question, même si parcellaire, rassurante dans ce qui reste de son caractère de fiction, mais le reste ?
Le reste semble appartenir comme une trame, comme une toile en train de se faire à chacun des photogrammes où le corps, la direction du corps des acteurs semble tracer de courts instants d'équilibre des formes, des attaches comme des membres, - quelque chose reste ouvert, en mouvement, quelque chose de fragile, quelque chose comme la fin des choses, leur sens, et leur suspension en un infini présent.