Partie vacante
Soudain s'insinue cette poche trouée, cette falaise vertigineuse, enivrante de béance, ce regret, cette fatalité, cette triste frustration, ce qui fait dire aux chansons que l'on naît seul, que l'on est seul, que l'eau n'est salée que dans la mère. La vacance est là, troublante, elle fait douter de nous, des autres, où est-il, où est-elle, dans quels degrés de brume ou de conscience, de quelle épaisseur le mur de ses secrets ? Tête secouée, ni fondement ni raison ni réponse. Qu'est-ce que la vérité ? Comment chercher les signes de ce que l'on ignore ? Peut-on toucher les coeurs, les âmes, que se cache-t-il derrière ce sourire triste, ce regard pâle, ces tendres paillettes ? Les mots sonnent-ils vrai, fauchent-ils les bonnes strates de sentiments, préparlent-ils votre conscient ? Les mots sont vains, les vins sont morts d'ivresse et de beauté. Crever de chagrin, d'amour ou d'amitié, c'est tout aussi stupide et beau, ce serait crever d'ignorer au fond, ignorer qui vous êtes, le peut-on jamais. Alors autant me chercher moi, l'égoïsme salvateur, la résignation, non tu ne m'appartiens pas, ami, amour, frère ou soeur, tu es proche et loin et parfois loin, loin dans cette partie vacante où jamais nous ne nous rejoindrons, ça fait comme de ces bulles mathématiques, ces ensembles irrémédiablement disjoints. L'amour fait croire un temps qu'ils se rassemblent, que tout est commun et partageable, c'est l'heure du leurre, encore une fois pourquoi pas, pourquoi ne pas le croire, ne pas le voir, ne pas y choir ? L'heure de la douleur viendra aussi, l'heure où les bulles éclateront, se distordront, se sépareront, douleur de ne pas voir le chemin que prendra celle qui s'envole. L'amitié est plus lucide, plus vraie, les bulles se touchent se caressent s'enlacent sans jamais entrer l'une dans l'autre, il n'y a plus qu'à souffler sur les vents contraires, parer les tempêtes. Mais douleur aussi, parfois, devant l'opacité de ce qui se cogne contre nous, les chagrins tus, les joies inavouables, les voiles devant les yeux.
Alors autant être soi, peut-être agrandir sa propre part d'incompréhension pour les autres, souffler dans sa bulle pour l'arrondir.
Pour vous, agrandir le mystère, m'éloigner un peu, et mieux vous revenir. Etre moi c'est être sans vous, sans toi, ni toi, ni toi, là. C'est marcher dans un pays étranger, parler une autre langue avec d'autres personnes, partager avec eux d'autres secrets, d'autres rires, écrire avec eux d'autres histoires, jouer d'autres musiques et danser d'autres danses. Pleurer devant d'autres tableaux, jouer d'autres rôles, d'autres rêves, m'approcher d'autres bulles. Connaître des émotions que vous ne comprendrez jamais, puisque ce sont les miennes.
Etre moi, c'est moins souffrir avec vous.
Alors autant être soi, peut-être agrandir sa propre part d'incompréhension pour les autres, souffler dans sa bulle pour l'arrondir.
Pour vous, agrandir le mystère, m'éloigner un peu, et mieux vous revenir. Etre moi c'est être sans vous, sans toi, ni toi, ni toi, là. C'est marcher dans un pays étranger, parler une autre langue avec d'autres personnes, partager avec eux d'autres secrets, d'autres rires, écrire avec eux d'autres histoires, jouer d'autres musiques et danser d'autres danses. Pleurer devant d'autres tableaux, jouer d'autres rôles, d'autres rêves, m'approcher d'autres bulles. Connaître des émotions que vous ne comprendrez jamais, puisque ce sont les miennes.
Etre moi, c'est moins souffrir avec vous.
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