On

Parfois, on ne peut pas dire "je".
Parfois, "je" n'est pas là, "je" est trop loin, ou, le plus souvent, "je" est trop proche, brûlant, glaçant, douloureux, "je" malmène son soi. Il faut l'entourer, encercler, apprivoiser, il faut le couver, veiller à ce que son foyer garde une couleur suffisamment ocre d'humilité pour ne pas créer d'incendie. "Je" se réfugie au sein du "on", impersonnel si singulier, qui englobe et retranche tout à la fois. Il ne s'agit pas de distance, pas de pudeur, pas de modestie, ni de prudence, non non, il s'agit d'impossibilité majeure. Un handicap ?
Parfois, l'on se promène dans les rues de la ville, reflet-fantôme translucide au sourire doucement serein, ombre qui répond aux voisins, ivre, ivre d'extérieur et de lumière, nous ne sommes même plus au-dedans de nous. Car il est trop plein, ce nous, où y caser le soi ? Il ne reste plus que Dieu à approcher et accueillir, mais il commence à douter, il n'a aucune preuve de notre existence. Il ne reste plus qu'à voir et écouter, qu'à exister dans les ondes, celles des cordes, des souffles ou des vagues, celles qui font vibrer les feuilles des tilleuls, les plumes des rouges-gorges ou les algues des tréfonds, frissonner les mains dans le noir, égrener les peaux, offrir cette saveur aux mots qui restent à inventer. Ils glissent et râpent les langues avant de s'enfuir, sans que l'on tente de les retenir, on n'en garde que le goût, le souvenir de la texture, la blessure du palais, le noeud des gorges et l'amertume des coeurs, uniquement le ressenti. Quoi d'autre ?
Quoi d'important, autre que ce qui embue la surface des vitres et glace le parvis des théâtres de la ville ? Quoi, autre que ce qui enveloppe les êtres de notre propre impersonnalité, quoi, si ce n'est pas nous, et nous tout à la fois ?
Parfois ainsi inventons-nous le monde qui nous entoure, il nous enserre de ses mains griffues, veillant à ne pas en crever le coeur. Il déverserait des litres et des litres d'un océan aux digues rompues, déluge où voguerait l'arche de nos pensées, de nos baisers.
Il est des griffes encore plus acérées, "je" connaît les règles, attise son brasier, froid soudain, et se dégage de la coupe des sensations, jamais dupe, cruel et précis, sujet du monde et non démiurge, il le sait, propre bâtisseur des digues au fond de sa poitrine, les plus solides de toute la création.
"Je" est raison. "Je" a raison.
Ainsi brûle-t-il.
Parfois, "je" n'est pas là, "je" est trop loin, ou, le plus souvent, "je" est trop proche, brûlant, glaçant, douloureux, "je" malmène son soi. Il faut l'entourer, encercler, apprivoiser, il faut le couver, veiller à ce que son foyer garde une couleur suffisamment ocre d'humilité pour ne pas créer d'incendie. "Je" se réfugie au sein du "on", impersonnel si singulier, qui englobe et retranche tout à la fois. Il ne s'agit pas de distance, pas de pudeur, pas de modestie, ni de prudence, non non, il s'agit d'impossibilité majeure. Un handicap ?
Parfois, l'on se promène dans les rues de la ville, reflet-fantôme translucide au sourire doucement serein, ombre qui répond aux voisins, ivre, ivre d'extérieur et de lumière, nous ne sommes même plus au-dedans de nous. Car il est trop plein, ce nous, où y caser le soi ? Il ne reste plus que Dieu à approcher et accueillir, mais il commence à douter, il n'a aucune preuve de notre existence. Il ne reste plus qu'à voir et écouter, qu'à exister dans les ondes, celles des cordes, des souffles ou des vagues, celles qui font vibrer les feuilles des tilleuls, les plumes des rouges-gorges ou les algues des tréfonds, frissonner les mains dans le noir, égrener les peaux, offrir cette saveur aux mots qui restent à inventer. Ils glissent et râpent les langues avant de s'enfuir, sans que l'on tente de les retenir, on n'en garde que le goût, le souvenir de la texture, la blessure du palais, le noeud des gorges et l'amertume des coeurs, uniquement le ressenti. Quoi d'autre ?
Quoi d'important, autre que ce qui embue la surface des vitres et glace le parvis des théâtres de la ville ? Quoi, autre que ce qui enveloppe les êtres de notre propre impersonnalité, quoi, si ce n'est pas nous, et nous tout à la fois ?
Parfois ainsi inventons-nous le monde qui nous entoure, il nous enserre de ses mains griffues, veillant à ne pas en crever le coeur. Il déverserait des litres et des litres d'un océan aux digues rompues, déluge où voguerait l'arche de nos pensées, de nos baisers.
Il est des griffes encore plus acérées, "je" connaît les règles, attise son brasier, froid soudain, et se dégage de la coupe des sensations, jamais dupe, cruel et précis, sujet du monde et non démiurge, il le sait, propre bâtisseur des digues au fond de sa poitrine, les plus solides de toute la création.
"Je" est raison. "Je" a raison.
Ainsi brûle-t-il.
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