Les rues inconnues

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En parlant de l'absence de noms des rues au Japon, Barthes disait de cette ville "Elle ne peut  être connue que par une activité de type ethnographique : il faut s'y orienter, non par le livre, l'adresse, mais par la marche, la vue, l'habitude, l'expérience ; toute découverte y est intense et fragile, elle ne pourra être retrouvée que par le souvenir de la trace qu'elle a laissé en nous : visiter un lieu pour la première fois, c'est de la sorte commencer à l'écrire : l'adresse n'étant pas écrite, il faut bien qu'elle fonde elle-même sa propre écriture."

Croire qu'il faut gagner l'espace de la rue, le gagner comme on dirait d'un jeu qu'on a eu du mal à jouer, qu'il a fallu conquérir. Disposer de son corps dans le monde. Descendre chercher des cigarettes et peut-être n'en pas revenir, espace de disparition, strié, habité, de noms, d'odeurs, de textures, de saisons lire aux coins des rues ces drôles de plaques, parfois d'un personnage dont on ne sait pas toujours quel rôle il a joué et pourquoi là, pourquoi cette rue.


La Chaude-Font. L'Enfer du Décor.  Lac de Serpienne.  Rue des forts. Boulevard Impase. Parc des Lilas. Rue Fracs. Vanzetti. Ci-devant. Rue Blanche. Avenue Marseau. Place Breuille. Place de Brooglie. Place Broglye. Chemin vert. Chemin Viscinale. Allée du Chemin Bleu. Iffreville. Ebn-Al-Vared. Zanzibare. Montagne pellée. Montagne Perchée. Montagne de la Peur. Mont Chauve. Rue de la Tristesse. Rue de la Tristesse d'Avant. Rue de l'Echappée-Belle. Rue de l'été. Rue Vide. Place de la Vacance Bienvenue. Traversée de la Jointure. Trouée de l'Illusion. Parc des Lectures Inutiles. Rue du Redon. Place de la Contre-Allée. Allée de la Différance. Rue Jacques. Avenue de la Tour cachée. Impasse Chamarrée. Avenue du Jeu-pour-Rire.

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Shara. C'est un film de Naomi Kawase. C'est un tout autre espace. celui des pulsations, de l'enfance et de la perte. La douceur de l'espace de la rue japonaise donne au film son rythme, son ouverture et son dénouement. Espace de douceur, espace contrasté qui mêle les lignes et l'étroitesse des rues, les matières et comme l'art de se retrouver dans une cour ou dans un espace libre soudain, peut-être sans personne, sans peur.
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C
Je ne crois pas, moi, que je sois très sensible à l'espace de la ville, mais bien davantage aux personnes qui l'occupent. Souvent, c'est vrai, l'un a une grande incidence sur les autres. Il y a une grande impersonnalité dans le nom des rues que j'ai habité, je n'y ai jamais trouvé beaucoup de sens. Rue des Cardalines, rue du 4 septembre, rue Sainte, avenue de la Corse, rue Saint-Saens, chemin des Sapotilles, rue de la guirlande, rue du Chevalier Roze, rue Joseph Cambon...Mon rêve secret est d'habiter une rue féminine : rue Dora Maar ou rue Colette, ça existe ?Ce que je déteste par-dessus tout, ce sont les quartiers à thème, genre que des noms de peintres, ou que des noms d'arbres fruitiers...Ce qui était rigolo en Guyane, c'était que tous les noms de rues étaient si récents que personne ne les utilisait. On avait beau chercher son chemin en demandant tel nom de rue, on nous répondait : ah, la rue du dispensaire ? Ou celle de chez Mathurine ?...Qu'est-ce que je suis bavarde, ce soir, moi.
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P
forcément et fortuitement!
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M
... rue du Renart Prêchant...
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P
c'est quelque chose que je ressens très fort, l'espace inscrit en nous.Mais le nom d'une rue comme un supplément d'âme : rues des galères, petite rue de la loutre, rue du levant...
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M
Il en parlait dans "L'empire des signes", sur le Japon, et on peut voir la scène d'exposition de Shara sur youtube en tapitant "sharasojyu";
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