Grâce Kelly s'encanaille

Publié le par Blogueur d'ici et d'ailleurs

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Quand on aperçoit Hitchcock au bout de dix minutes seulement assis dans le bus, très raide à côté du héros, et coupé dans une verticale parfaite par le plan, on pense  soulagé « ça, c’est fait ».

Peu après, Grâce Kelly, toute de bleu nimbée et le regard mouillé, embrasse Cary Grant alias John Robie dit « le chat » sur le seuil de sa chambre du Carlton (sait-elle qu’en vf, John Robie devient Georges Robert et que c’est nettement moins aventureux ?). Plus tard, elle lui reprochera de ne pas avoir franchi cette porte dès le premier soir. Mais Georges est très ému par les bijoux de sa mère, en vérité trop gros pour être crédibles.

Le lendemain elle annonce tout de go qu’elle a du poulet froid dans son cabriolet et lui propose une petite escapade le long de la French Riviera. Il n’a pas l’air étonné outre mesure. A peine s’il bouge un cil en route. Pourtant Grâce Kelly roule (trop) vite sur le bord de la corniche. Ses cheveux volent au vent (celui du mâle, non), elle se gare dans une petite clairière qu’on dirait faite exprès pour eux et se recoiffe en lui demandant de sortir le pique-nique du coffre. Tout content, on se dit qu’il va se diriger vers l’avant parce qu’on nous a dit  que la malle était située là à l’époque, mais non, il va à l’arrière. Grâce Kelly se dégante méthodiquement et non sensuellement, faut dire qu’elle lui demande sérieusement s’il préfère l’aile ou le pilon. Le paysage est pittoresque en ces années cinquante, mais aujourd’hui il doit crouler sous les villas climatisées sous-évaluées pour le fisc. Ils dégustent chacun son morceau emballé dans une serviette en papier. Il y a de la bière. Grâce Kelly y trempe à peine ses lèvres et veut reposer la bouteille dans le panier. L’espace d’un dixième de seconde, elle laisse entrevoir la résistance de l’objet qui ne veut pas se laisser ranger, ce qui bien sûr n’était pas prévu et  confère une expression contrariée à la comédienne. Peut être qu’elle a déjà recommencé cette scène plusieurs fois, qu’elle a peur que le maître la trouve maladroite. Peut être qu’elle repense au Prince de Monaco qu’elle doit revoir tout à l’heure. En attendant, Cary et elle s’embrassent délicatement avant de repartir.

Elle roule toujours de façon imprudente et on profite d’un gros plan sur les mains de son passager qui, impressionné en essuie la moiteur sur son pantalon, à moins que ce ne soit le gras du poulet.

Grâce Kelly est toute émoustillée car elle sait qu’elle a affaire à un voleur de bijoux renommé. Elle ne le croit pas quand il lui dit qu’il est à la retraite.

Forcément. Grâce Kelly s’encanaille.

Je m’endors pour la quatrième fois.

 

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Publié dans Précy

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B
Si cela avait été "la cuisse", le bougre aurait choisi la cuisse et le  film aurait changé de genre.
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P
j'aime aussi Hitchcock, mais à partir du moment où elle lui a demandé s'il préférait l'aile ou le pilon (véridique) je me suis dit qu'il fallait voir le film autrement
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P
je fêtais une grande première : première fois que je m'endors devant la télé
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B
Oui ,  M, la Dame s'écrit :"Grâce qu'elle lisse en "Can I ?" ( à la Aznavour)Mais, chère Precy, ce film soporifique a au moins une vertu.Tu as 4 rêves à conter..
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C
C'est très drôle cette vision détachée d'un film ! Quand on voit les comédiens et non les personnages, c'est signe qu'il vaut mieux prendre un bon bouquin à la place ;-)
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