les cafés au lait du dimanche soir
Certains soirs, papa travaillait longtemps à la gare. Et ça arrivait parfois le dimanche. Comme ça sans le savoir à l’avance, parce que la notion du temps était fragile ou simplement parce qu’on ne savait pas qu’il fallait prévenir, anticiper auprès des enfants, toutes ces explications qu’on donne trop maintenant. Alors maman disait tout à coup au beau milieu de l’après-midi ennuyeux : « On va se promener toutes les deux». Des heures fraîches main dans la main, gant contre gant, des marrons, un lâcher de ballons, une fois, de la terrasse d’un grand magasin désert à l’intérieur. Des retours en bus, et la nuit fascinante déjà, la ville qu’on ne reconnaissait plus trop. De l’arrêt jusqu’à l’appartement, une longue trotte et tout à coup la sensation de fatigue dans les jambes, « on aura bien marché, hein ? ». Alors, invariablement, la petite question qui venait d’elle, ça lui faisait aussi plaisir. « Oui, du café au lait et des tartines. » Et puis l’impression de se coucher tard, de voler encore un peu de temps avec elle, sachant qu’elle lui raconterait, bien sûr, surtout la chose qui la faisait rire, « elle trempe sa tartine de pâté dans le café au lait. ».