Des amortisseurs

Publié le par Clara

rothko1.jpgUn trajet silencieux, dans une bulle au verre fumé, si l'on veut. On glisse ainsi sur une eau verte ou bleue, parfois on rejoint une route de terre battue mais on ne sent jamais les irrégularités de la surface, on a révisé les amortisseurs il y a peu. Rêves de mécanique bien huilée parfois, huilée donc glissante on imagine une coccinelle sur le dos dévalant une pente glacée. Pourquoi une coccinelle ? Demandez au lézard. Alors voilà, ça va vite, c'est doux et chaud. Si l'on appuie sur cet interrupteur, là à droite, en rouge qui clignote - on s'est délecté des longueurs rapides et colorées et délicieusement surannées de 2001 l'odyssée de l'espace, la veille- si l'on appuie là, hop la bulle devient transparente, et on voit tout le paysage. Pas seulement, figurez-vous, on nous voit aussi du dehors. C'est parfois effrayant, le regard des inconnus, mais il y a surtout le regard des connus, et c'est celui qui compte. On a ouvert la bulle du voyage pour eux. Il y a comme une pédale décélérante vers la gauche cette fois, c'est pour les saluer. On s'arrête rarement. Ou alors, ouh là là c'est pour les choses importantes, rien moins que l'amour. Dans ces cas-là, on peut modifier la couleur du ciel, il peut être pastel orangé, avec des traînées blanches ça et là. C'est chaud comme la peau d'un chien qui halète. On s'arrête parfois, un demi-millième de seconde, pour un regard inconnu. Ca faisait au moins un milliard d'années que ça ne nous était pas arrivé, ça, oser lever les yeux vers un autre regard. C'est de la curiosité, d'abord : est-ce qu'il me regarde vraiment, allez cette fois je veux savoir ? Et puis bam c'est le boulet de canon en plein coeur, c'est qu'il nous a regardé quand on a levé le regard à soi le sien, et que, le pire du pire, il ne l'a pas baissé, le regard à lui le sien. La bulle se teinte en rosé et vacille un peu, on dirait qu'elle va quitter le chemin, mais heureusement c'est l'étendue d'eau, là, le grand lac sucré qui s'alanguit devant nous. On y glisse, hop là. Un regret très joyeux dans le coeur, on continue sa route. On finit par sourire même aux algues et aux anguilles, en oubliant d'appuyer sur le bouton là en haut au milieu qui rend la bulle opaque. On a l'air un peu niais mais c'est pas grave. Ca a l'air de plaire aux passants, z'ont un autre sourire que le sien, amusé et supérieur, mais ça fait longtemps qu'on n'a plus peur du ridicule, comme un égo qui ne se réveille que face aux regards des beaux zinconnus finement zélégants. Parfois, y'a des chutes d'eau. On se cramponne à rien, c'est une bulle, alors on est balloté dans tous les sens, mais comme on a bien révisé les amortisseurs, on s'en sort même sans blessure, et puis comme dirait une copine : on est Superwoman oui ou non ?
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Publié dans Clara

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C
Oh de l'amour, non, ce n'était qu'un regard.Ah ce n'est que ma période bleue pneumatique, ah ben ouf je suis rassurée. Merci Midas.
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B
Belle déclaration de l'amour comme un coup de foudre, non ?C'est rien Clara, rien que ta période bleue qui commence sponsorisée par Midas, tu sais ce type qui change tout en or...Merci pour ces tableaux.
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