Deleuze et la C.A.F
Marseille – Station la Boiseraie – 16 h50
J’ai ½ heure de trajet à faire, je peux enfin lire, et pas n’importe quoi « Qu’est ce que la philosophie ? » de Gilles Deleuze, en matière de lecture, j’ai déjà parcouru plus simple, mais bon, après tout, je suis membre d’un blog d’élites. Je commence ma lecture, et je cède bien évidemment sous le charme « Auparavant on la posait, on ne cessait pas de la poser, mais c’était trop indirect ou oblique, trop artificiel, trop abstrait, et on l’exposait, on la dominait en passant plus qu’on n’était happé par elle » je rentrais dans la peau du sage, qui lit religieusement son maître, mais hélas, trois fois hélas, le téléphone de mon voisin a sonné, et le malheur a voulu qu’il réponde, il parlait fort, très fort, son interlocuteur avait un problème avec la CAF, cette discussion finie par me perturber, ma concentration en pâtissait, mon voisin parlant de plus en plus fort et moi me concentrant de plus en plus fort. « Il y’a des cas où la vieillesse donne, non pas une éternelle jeunesse, mais au contraire une souveraine liberté, t’as donné ton RIB, je te dis que t’a oublié de donner ton RIB, Turner vieux a acquis ou conquis le droit de mener la peinture, t’as déclaré quoi, hein, t’as dis que tu bossais, malheureux, il ne faut jamais le faire, t’es fou ou, que veut dire ami quand il devient personnage conceptuel, ou condition pour, mais t’es fou, même une chambre ça vaut 500 euros, ces blaireaux, tu déclares tout, t’es mort écoute, l’amitié comporterait autant de méfiance émulante à l’égard du rival que d’amoureuse tension vers, retournes y et prend un nouveau formulaire et viens me voir, nous voyons au moins ce que la poésie n’est pas, facile, je m’occupe de tout j’ai l’habitude, je te dis, pas contemplation, ni réflexion. Station Dames/Joliette, attention à la fermeture des portes, j’ai à peine le temps de sortir.
Quand même ce Deleuze, il exagère.