Silence et paroles

Publié le par Clara

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Je n'ai pas beaucoup lu de philosophie. Je n'y connais pour ainsi dire rien. Mais je me permets ici de donner mon petit avis sur le silence et la parole. Un avis certainement non philosophique.

Le silence, d'abord. C'est un luxe.
"Je rêve d'un monde de silence" dit le philosophe.
Mais attention. Il ne parle pas de la qualité du silence, le philosophe. Il ne connaissait pas les échanges par Internet, l'homme sage. Il ne savait pas encore qu'un jour on pourrait communiquer à toute vitesse, que les mots et les silences gagneraient, ou perdraient du poids.
Aujourd'hui, le silence ne peut plus avoir comme prétexte la lenteur de la poste, ou le temps de réflexion pour une lettre sublime qui serait chérie par le destinataire, qui serait humée puis portée dans un corsage ou la poche d'un veston, souvent caressée. Ah, comme le silence était doux, alors, on imaginait l'aimé penché sur sa lettre à la lueur d'une lampe-bougie, quel délice d'attendre sachant cela.
Aujourd'hui, les mails existant, le silence peut être d'un froid polaire. D'un vide abyssal. On se dit qu'il ou elle pourrait au moins écrire quelques mots, rien que quelques mots, ce n'est rien, n'est-ce pas ? Il suffit de cliquer sur la souris. Pourquoi ne le fait-il ou elle pas ? C'est qu'il ou elle n'en prend pas le temps, c'est qu'il ou elle ne pense pas à moi. Ou peut-être que si. Ou bien panne d'Internet ? Ordi en panne ? Trop occupé(e) ? Enfin quand même rien que quelques mots... Bug de l'an 2007 ? Mais comment être sûr ? Où est-il ou elle ? Que fait-il ou elle ? On attend. Et lorsque le mail arrive enfin, on ne peut pas le caresser et le chérir, on se dit que cela ne valait pas cette attente douloureuse, même si les mots sont beaux.

Aujourd'hui, le silence ne peut avoir de profondeur qu'en présence des corps. Alors là, oui, le silence est magnifique.
Le silence, c'est ce qui reste quand l'émotion est trop forte pour laisser les mots y poser leur voile, y intercaler leur distance.
Le silence, c'est lorsqu'aucun mot ne peut décrire le sentiment.
"Le silence est un sentiment".
Le silence, c'est lorsqu'on est perdu dans le regard de l'autre.
Le silence c'est lorsqu'on est perdu dans le corps de l'autre.
Lorsque les souffles ont remplacé les mots.
Les sourires ont remplacé les virgules et les points.

La parole, ensuite. C'est un luxe également.
Un bonheur lorsqu'on se sent compris.
Lorsque les mots s'écoulent en confiance.
Lorsqu'ils sont accompagnés d'un sourire.
Ecoutés.
Ah oui, je parle de la parole : les mots dits oralement, pas maudits, non non au contraire.
La parole est nécessaire, qui plus est. Ca aussi, c'est le philosophe qui le dit. Il dit aussi qu'il faut seulement veiller à blesser le moins possible avec la parole.
T t t, moi, là aussi je dis attention. Oui, faisons attention à ne pas blesser, mais cela ne signifie pas cacher une vérité importante. Il est parfois nécessaire, et il faut beaucoup de courage pour dire la vérité aux êtres que l'on aime. C'est pour mieux les sauver. Pour mieux les aimer.
Les paroles, attention ça peut être aussi celles de la chanson de Dalida (on a les références qu'on peut, je vous citerai Deleuze la prochaine fois). Paroles, paroles, paroles. Méfiance.
La parole, ça peut être aussi un océan de paroles.
En présence des corps, le flot des paroles peut noyer.
Pourquoi parler lorsqu'on peut se taire ?

Les mots écrits. Ah, ils peuvent être si merveilleux. Par mails, ou par voie postale si l'on veut, on peut reproduire les missives d'antan. Ecrire de bien belles lettres.
Pourquoi se taire lorsqu'on peut écrire ?
Les mots écrits, on les sait choisis.
Ils n'ont pas l'excuse des paroles échappées.
On leur pardonne moins un flou ou une esquive.
Il y a une exigence des mots écrits. Les pauvres.
On peut aimer un texte flou.
Mais il doit être suivi d'un autre à la vivacité animale.
On réclame des mots écrits, en correspondance, la vitesse et la finesse d'une lame.
On réclame des pics acérés.
Des températures élevées.
Plus de vie dans les mots que dans la vie elle-même.
C'est qu'il y a une perte entre les mots pensés, écrits, envoyés, puis lus. Une grande perte de sens et d'émotion. Nous ne sommes pas aidés, avec les mots écrits, par des regards ou gestes signifiants. Nous devons à la fois leur faire confiance, aux mots, et être conscients de leur impuissance. De la mise à distance qu'ils supposent.
Ils sont une mise à distance.
Les mots ne sont que des mots.
Lorsqu'on n'a que cela, pourtant, les mots ont une puissance émotive que ne pressent pas toujours celui qui les écrit. Le destinataire ne peut qu'attendre trop d'eux, des mots. Une correspondance est-elle toujours faussée ?

Pour conclure (je sais que certains aiment les textes construits ; petita, petibé, peticé, c'est presque ça n'est-ce pas ?), ma conclusion à moi, donc, c'est que silences ou paroles, suivant les situations, peuvent tout aussi bien faire énormément de bien ou énormément de mal.
Ca fait pas très philosophique comme conclusion, n'est-ce pas ?
Paroles ou silences ? Il s'agit d'un art, celui de la communication.
Ou tout simplement d'un dosage miraculeux, celui de l'amour.

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Publié dans Clara

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L
et bien, il me PARLE, ton texte, Clara.
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P
merci pour ce texte, claral'on y sent une grande proximité avec ces deux entités, parole et silence, une expérience. D'ailleurs le silence est souvent invité dans tes textes
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